Je regarde la petite boite rectangulaire. Son contenu, selon mon médecin, devrait me permettre d'aller mieux. Mais je n'ai pas besoin de ces fichus antidépresseurs pour savoir que je glisse, que même ce que je suis m'échappe. Pour savoir que je n'ai plus de prise. Pour savoir que des cachets miracles n'y changeront rien. Je regarde la boite mais, surtout, je ne l'ouvre pas. J'ai évidemment envie d'aller mieux. Mais pas comme ça.
C'est bien fait. Tout me fait peur. Je paie le prix de mes lâchetés. Plus la précarité de ma situation perdure, plus tout me fait peur. Parler aux gens, sortir de chez moi, tout est devenu compliqué. Cette même lâcheté qui me donnerait presque à penser que les choses seraient plus simples si personne ne tenait à moi. Parce que lorsque quelqu'un vous soutient avec une extrême ferveur et qu'on ne lui apporte rien en retour, c'est terrible. Quand on est seul, on est seul victime de ses erreurs. Alors que là, il y en a un qui sème et deux qui récoltent. Et si la moisson n'est pas bonne...
Les anciennes frustrations remontent à la surface. Je les avais occultées finalement, plus facilement que certains de mon entourage. Je n'avais pas été affecté à un poste de conseiller suite à l'obtention du concours mais je ne pouvais rien y faire. Je devais me faire une raison et passer à autre chose. J'y étais parvenu, en partie, à grands coups d’esbroufe, en me persuadant plus ou moins que ce poste n'aurait pas été pour moi, bref en noircissant le tableau pour ne pas nourrir de regrets. Sauf que quand je les vois, ceux qui auraient pu être mes collègues, dedans et moi dehors, ça fait mal. Aujourd'hui, je trouve ça injuste. J'avais gagné ma place. Et on me l'a refusée. Mais soyons honnête jusqu'au bout : je trouve ça injuste parce que ça m'arrange. Parce que je n'ai pas su rebondir depuis deux ans. Parce que je n'ai probablement pas fait ce qu'il fallait. Parce que j'ai été passif. Passif et lâche, on y revient toujours. Comme le fait d'écrire ce billet d'ailleurs. Parce que je n'ai jamais su cracher mes ressentis autrement que par écrit. Même quand il n'y a d'ailleurs pas d'autre solution au problème que de se prendre en main. Il y en a qui y arrivent. Et qui sont pourtant moins bien lotis que moi. Mais ils ne gémissent pas. Ils avancent. Ce que je ne sais plus faire.
Je vais avoir 40 ans. Pas certain que je le fête celui-là. J'ai à mes côtés une femme résolument optimiste et forte qui ne bronche jamais, qui croit toujours en des lendemains meilleurs, qui me voit comme quelqu'un que je ne suis plus, quelqu'un de capable, d'enthousiaste, de vivant. Elle me tire sans cesse vers le haut alors qu'elle doit déjà gérer une multitude de choses pour maintenir le bateau à quai. On ne m'enlèvera pas de l'idée qu'elle n'a pas la vie qu'elle serait en droit d'attendre. Je sais qu'elle n'a pas choisi le bon cheval mais je sais aussi, un peu prétentieusement, que jamais je ne l'en convaincrai.
Aujourd'hui, je suis paumé comme jamais. J'ai même le mal du pays. Tous ceux qui comptent sont loin. Sur le marché du travail, je suis déjà vieux. Je ne sais pas ce que je veux. Ni ce que je pourrais avoir. Encore moins ce que je vaux. Notre avenir au sein même de notre maison est désormais à mettre au conditionnel car l'inactivité prolongée n'enrichit pas son homme. Je crois que je vais devoir faire n'importe quoi, accepter n'importe quel travail. Mais même ça, je ne suis pas certain d'y arriver.
Je veux juste la rendre heureuse. Qu'elle profite de la vie comme elle serait en droit de le faire. Et vite. Parce que les années passent. Même pour elle. Et je ne suis pas de ceux qui pensent que le temps perdu se rattrape.
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PS : Ne prenez pas ce billet pour plus alarmiste qu'il n'est. Pas d'angoisses inutiles ! J'avais besoin que ça sorte, pas certain d'ailleurs que ça me fasse du bien. Mais personne ne peut m'aider. C'est à moi de trouver les clés.
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5 commentaires:
Vous avez certainement raison. Mais en même temps comment ne pas penser que c'est là le sommet de l'orgueil : penser qu'on est à soi tout seul à la fois le problème et la solution. Et si vous faisiez simplement confiance à celles et à ceux qui vous aiment? « Le doute est un hommage rendu à l'espoir. » Lautréamont
Tu sais , je ne suis pas certaine que beaucoup de tes amis soient étonnés par ce billet.Parce que l'on te connait, qu'on te sent sur le fil depuis un bon moment.Un peu genre 'ne pas craquer','tout va bien, ne vous en faites pas'.Cependant, on sait bien que tout ne va pas bien.Etre là, à l'écoute, c'est ce que l'on peut t'apporter ainsi que notre indéfectible confiance.Cette confiance que tu n'as pas en toi, nous on l'a pour toi !!
Oui, c'est à toi de rebondir, de faire les pas en avant nécessaires.Mais tu peux t'appuyer sur nous pour que cela soit plus facile, pour en parler, pour t'aider en somme...On ne demande que ça.
Bises,
Isa.
Merci "Anonyme" (votre style me semble familier... vrai anonyme ou relation employant le vouvoiement ?)pour votre soutien... mais si j'avais un tant soit peu d'orgueil, je n'aurais pas écrit ce billet. Après, je comprends tout à fait ce que vous dites mais ce n'est pas une question de confiance. Les amis peuvent "être là" mais ils ne peuvent résoudre en rien mes problèmes.
Merci à toi aussi Isa, je suis bien d'accord. Dans mon entourage, personne ne sera surpris, ni de la forme, ni du fond. Mais en même temps, il n'y a rien à en dire sinon on ne ferait que ressasser une situation d'échecs. On peut parler, parler et parler encore mais ça ne résoudra rien. Et puis, parce que c'est aussi la réalité, on a tous nos problèmes. Y compris toi. On ne peut pas toujours être au chevet de ceux qui vont "mal", même si on leur veut le plus grand bien. Parce qu'au bout du compte, tous les mots n'y changeront rien.
C'est juste qu'il y en a une qui ne mérite pas ça...
Je ne suis pas surpris à la lecture de ce billet, juste inquiet. Cette confiance en toi qui te manque, moi je l'ai toujours eue tu le sais. Je suis et je serai toujours à ton écoute car le lien entre nous est pour moi capital. Si tu ressens le besoin de parler ou d'écrire fais le sans hésiter car ça fait toujours du bien d'exprimer ce que l'on ressent au plus profond de soi, même si c'est loin d'être facile j'en sais quelque chose ! Je t'aime mon ami et je pense beaucoup à toi, bises.
Moi en tout cas je suis admirative de l'amour pour ta femme qui transpire de ce billet. Et ça c'est sans prix, pour elle, pour toi.
Je pense bien à vous deux.
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