jeudi 28 octobre 2010

Des provisions pour l'hiver...


Comme chacun sait (ou pas), je suis au régime forcé depuis 15 jours, histoire d'enrayer un diabète dont je me serais bien passé par les temps qui courent. En dehors de ça, j'ai toujours mon petit traitement quotidien pour tout le reste.

Je ne me plains pas. Ça se passe plutôt bien même si c'est un travail de longue haleine. J'ai retrouvé une bonne glycémie, j'ai perdu 3 kilos au passage, je me gave de légumes et j'ai même eu aujourd'hui les félicitations de mon médecin.

Bref, je m'y tiens. J'ai même renoncé au "bon dessert" auquel j'avais droit une fois par semaine. Pas la peine de se laisser tenter, surtout si, comme moi, on n'a pas de difficulté particulière à se passer de sucre.

Mais j'ai quand même un pêché mignon. J'ai décidé de ne pas y renoncer, histoire de garder ces petits plaisirs que j'aime tant. J'ai donc passé commande auprès de mon cousin Titoff et j'ai ainsi reçu hier midi un carton renfermant 34 paquets de nouilles chinoises, diversement aromatisées (poulet, crevettes, canard, boeuf etc.). Ben oui, parce qu'on n'a pas ça chez nous, les épiceries chinoises. Alors qu'à Paris, on en croiserait presque à chaque coin de rue.

Bref, j'ai décidé de me faire plaisir et de me récompenser finalement de mon abnégation à suivre ce régime en me préparant, une à deux fois par semaine maximum, une de ces soupes que je devine délicieuses. Après tout, des nouilles restent des nouilles et ça tombe bien, il me faut des féculents. Et pour les petits ingrédients annexes un peu plus gras ou "synthétiques", il me suffira de rééquilibrer tout ça avec une alimentation saine par ailleurs. Car je compte bien, à côté de ce petit plaisir coupable, continuer ce régime qui ne me contraint pas tellement finalement, d'autant que j'ai supprimé tout ce que je devais limiter, histoire de ne pas me poser de question. Exit la charcuterie, les alcools, certaines viandes, les desserts bien évidemment (à l'exception d'un fruit à chaque repas), les plats cuisinés etc.

J'en profite pour remercier mon cousin qui s'est bien gardé de me transmettre la note, trop content de m'offrir ce petit plaisir qui, du coup, n'en est que plus grand.

Je sens que j'ai la patate ces jours-ci ! Ça tombe bien, elle, j'y ai droit !

mardi 26 octobre 2010

La sorcière et les deux royaumes d'Estrella


Il y a quelques semaines, j'ai proposé de partager avec vous une histoire écrite par Isa alors qu'elle avait une douzaine d'années. Vous pouvez, si ce n'est déjà fait, en prendre connaissance et la commenter à loisir ici. Je m'étais ensuite proposé de vous en soumettre une vision toute personnelle, la mienne, à partir du matériau d'origine. Voici donc les 4 premiers chapitres de cette histoire "revue et corrigée" par mes soins. Un exercice un peu inhabituel pour moi, pas si évident au premier abord, mais très enrichissant, entre certaines contraintes "imposées" (essayer de garder l'essence même de l'histoire, les personnages) et une bonne dose de liberté, y compris dans le ton. J'espère que vous apprécierez mais surtout que vous laisserez un avis dans tous les cas. Bonne lecture et à très vite pour la suite...

Chapitre 1 : Les deux royaumes

Le roi Katoubon était affalé sur son trône. Comme il était petit et gros et que le trône était démesurément grand, cela avait quelque chose de profondément grotesque. Imina l'observait du coin de l'oeil. La sorcière de la Montagne des Soupirs, ainsi que l'appelaient les habitants des deux royaumes d'Estrella, était une femme magnifique, grande, élancée, aux superbes cheveux d'ébène qui tombaient en cascade sur ses épaules et dans son dos. Elle était toute de noir vêtue, comme à son habitude et son regard, noir comme le reste, semblait vous transpercer lorsqu'elle vous observait. Une très belle femme donc, mais également, et de très loin, la plus redoutée de toutes. On lui attribuait des pouvoirs dévastateurs et personne ne se serait risqué à provoquer son courroux. On savait peu de chose sur elle. On prétendait qu'elle pouvait changer d'apparence. Elle ne quittait que très rarement sa Montagne des Soupirs et personne ne s'était jamais aventuré jusque là-bas. C'était interdit de toute façon et seuls les deux rois pouvaient invoquer sa présence en cas de besoin.

Mais cette fois-ci, c'était elle qui était descendue jusqu'au royaume du roi Katoubon. Elle avait repéré un intrus aux abords du lac Cumis. Quel qu'il soit, il avait bravé un interdit et devait être puni en conséquence. Mais en dehors de son propre territoire, Imina n'avait pas le droit de faire justice elle-même. Elle devait en passer par le roi, ce qui froissait considérablement son ego.

-Alors, que comptes-tu faire ? Tu n'es pas sans ignorer que nos lois sont strictes !
-De toute façon, tu ne perds jamais une occasion de me le rappeler, soupira Katoubon, visiblement las. Il doit s'agir d'un Zouapé égaré et je dois bien reconnaitre que je n'ai pas particulièrement envie de créer un incident entre nos deux royaumes pour si peu...
-Pour si peu ? Le lac appartient aux Cumis et l'accès est interdit aux Zouapé. Peut-être serait-il utile de rappeler au roi Taraison comment il doit tenir ses sujets !

Le roi Katoubon ne répondit pas et se leva dans une extrême lenteur. Il fixa les yeux noirs de la sorcière tout en s'approchant d'elle.
-Tu sais ce que je pense de cette histoire de lac. Il est suffisamment grand pour nos deux peuples et même si les Zouapé ont des réserves d'eau en quantité suffisante pour subvenir à leurs besoins sur leur territoire, j'ai toujours été opposé à leur en interdire l'accès.
-C'est la loi, répondit Imina d'une voix qui ne souffrait d'aucune contestation possible. Dois-je te rappeler que tu l'as votée, mon cher époux ?
-Tais-toi donc bon sang ! ! ! s'écria le roi qui avait pâli en une fraction de seconde. Personne ne doit jamais savoir. Je te croyais plus prudente !
-Allons, allons ! Me crois-tu si sotte ? Mes pouvoirs m'auraient déjà alertée si des oreilles indélicates traînaient dans les environs. Aucun souci à te faire.
-Il y a 13 ans, tu nous a abandonnés, moi et ta fille ! J'ai respecté cela ! Et lorsque tu es revenue quelques années plus tard sous les traits de la sorcière de la Montagne des Soupirs, je n'ai eu d'autre choix que de te laisser influer sur la vie de nos deux royaumes dans le seul souci de protéger Izia. Mais tu pourrais au moins avoir la décence d'éviter de me le rappeler en permanence ! Oui, j'ai voté cette loi en dépit des protestations pourtant légitimes du roi Taraison en me rangeant à tes côtés. C'est le prix que j'ai dû payer pour que tu ne salisses pas notre fille de ta noirceur. Mais ça n'en reste pas moins une mauvaise loi à mes yeux.

-Une loi promulguée est une loi à faire respecter, répondit la sorcière d'un air suffisant. Puis-je compter sur toi ou dois-je m'en occuper personnellement ?
-Tu peux rentrer chez toi l'esprit léger, va ! Je vais envoyer Aspic chercher ce mystérieux intrus et je prendrais ensuite les dispositions prévues dans le cadre d'un franchissement de frontière.
-Je ne vais nulle part. Je suis curieuse de savoir ce qu'un Zouapé fait dans les parages et quelles pourront bien être ses excuses pour être passé du côté Cumis sans dérogation expresse.
-Très bien, soupira Katoubon, fais comme il te plaira. Aspic, tu as entendu ?
-Oui, sssire, siffla une petite voix dans un recoin sombre de la grande salle du trône. Je pars sssur le champ !
Une sorte de boa constrictor immense d'une dizaine de mètres apparut alors. Sa langue fourchue semblait claquer dans l'air. Il semblait tout excité à l'idée d'accomplir sa mission.
-Trouve moi cet intrus qui rôde près du lac Cumis et ramène-le ! Vivant s'entend...
-Vos désirs sssont des ordres, ssire ! Ce ne sssera pas long !
Le serpent glissa vers l’entrebâillement de la porte puis disparut dans un dernier sifflement.

Chapitre 2 : L'intrus

La fillette était terrorisée. Aspic la maintenait fermement, l'entourant de ses anneaux visqueux. Le roi Katoubon l'observait. Imina également. Tous deux faisaient une drôle de tête et s'échangeaient des regards pas franchement rassurés. Ni rassurants d'ailleurs.

Katoubon et Imina s'éloignèrent d'Aspic et de l'enfant qui devait avoir une douzaine d'années.
-Ce n'est pas possible ! siffla la sorcière. Ce n'est pas une Zouapé et pas davantage une Cumis évidemment ! On dirait plutôt une terrienne, si mes connaissances sont exactes. Que fait donc une terrienne sur Estrella ? Les habitants de la Terre ignorent jusqu'à notre existence et ils n'ont pas de toute façon la technologie nécessaire pour venir jusqu'à nous. Tu sais ce que cela veut dire, non ?
-Que quelqu'un a téléporté cette gamine jusqu'ici. Et ils ne sont pas nombreux sur Estrella à avoir ce pouvoir de téléportation. Et encore moins à avoir le droit de l'utiliser !
-C'est très simple, reprit la sorcière dont le ton de la voix peinait à ne pas se faire menaçant. A part moi, toi, Taraison, sa fille Rella et notre propre fille Izia, personne ne dispose d'un tel pouvoir. Je crois que nous pouvons tous les deux nous retirer de la liste des suspects. Cela nous fait trois personnes possible.
-C'est délicat, dit Katoubon. Je ne peux risquer de créer un incident diplomatique avec le royaume du roi Taraison en sous-entendant que lui ou sa fille se sont rendus coupable d'avoir fait venir une terrienne sur Estrella. Surtout s'il s'avère que c'est finalement Izia.
-Il faut avant tout interroger la fillette, murmura la sorcière. Elle est terrorisée. Si elle sait quelque chose, elle parlera !
-C'est ta fibre maternelle qui parle ? ironisa Katoubon. Et arrête de parler d'Izia comme étant notre fille. Tu as renoncé à tes droits de mère lorsque tu l'as abandonnée alors qu'elle n'était qu'une toute petite enfant. J'ai payé le prix fort, à grand renfort de lois injustes, pour pouvoir l'élever hors de ton emprise. Tâche de ne pas l'oublier !
Imina eut un léger mouvement de recul. C'était la première fois, du moins lui semblait-il, que le roi Katoubon lui parlait sur ce ton. Elle n'eut pas le temps de répondre car, déjà, Katoubon se dirigeait vers Aspic.
-Relâche ton étreinte, stupide serpent ! Tu vas finir par l'étouffer. Allez, dépêche toi et file !
Aspic s'exécuta et la fillette tomba lourdement sur le sol. Mais elle était consciente. Apeurée mais consciente. Elle avait visiblement beaucoup pleuré. Cette diablesse d'Imina avait au moins probablement raison sur un point : si l'enfant avait des révélations à faire, il serait facile de les obtenir. Mais le roi était sceptique. La fillette errait près du lac mais apparemment désorientée. Katoubon n'était pas persuadée qu'elle ait su elle-même ce qu'elle faisait là.

L'enfant s'appelait Laurie et, comme le roi s'y était attendu, elle ne comprenait pas davantage qu'eux ce qu'elle faisait là. Laurie les observait de ses yeux écarquillés, comme si elle avait eu affaire à des monstres. Il y avait encore quelques heures, elle était allongée sur son lit, une BD dans les mains et son lecteur MP3 sur les oreilles. L'instant d'après, elle chutait lourdement dans un champ en bordure d'un lac. Laurie avait depuis longtemps erré, complètement désorientée, persuadée qu'elle s'était endormie et qu'elle allait se réveiller, allant même jusqu'à se pincer. En vain.

Imina ne détachait pas son regard noir de l'enfant apeurée alors que le roi Katoubon essayait de faire bonne figure, sensible au désarroi visiblement non feint de la petite.
-Si cette enfant est arrivée parmi nous à l'insu de son plein gré, il serait injuste qu'elle soit condamnée, d'autant plus qu'elle n'appartient à aucun de nos deux peuples. Il n'y a qu'à la renvoyer chez elle, murmura le roi à l'intention d'Imina.
-Il n'est pas question de la laisser s'en aller, siffla Imina visiblement contrariée. Pas avant que toute la lumière ne soit faite sur cette affaire. Quelqu'un l'a fait venir jusqu'ici et je veux savoir qui. Et pourquoi ! Les cachots d'Estrella ne sont pas si inconfortables ! Qu'Aspic l'emmène et se charge de sa surveillance, nous aviserons ensuite.
Katoubon grommela. Il n'osait plus regarder l'enfant. Et maudissait Imina de tant leur en faire baver à tous les deux. Aspic était déjà là, comme s'il s'était tenu prêt à cette éventualité. Son sourire hideux et son claquement de langue en disaient long sur son excitation. Laurie se mit à hurler.
-Silence, cria la sorcière de la Montagne des Soupirs en levant le bras. Aussitôt, plus aucun son ne sortit de la bouche de Laurie.
-Voilà qui est mieux, reprit Imina avec un air de grande satisfaction sur son visage. Aspic, emmène-là... et prends-en grand soin, je ne voudrais pas que son altesse le roi Katoubon puisse m'accuser de mauvais traitements.
-Comme il vous plaira ssssorcière, susurra le serpent qui enroula aussitôt ses anneaux autour de l'enfant qui tenta en vain de se débattre. Puis il s'éclipsa aussi rapidement qu'il était apparu.

Katoubon et Imina se jaugèrent un moment, sans dire un mot. Imina le regardait de haut et Katoubon devait prendre sur lui pour ne pas exploser de fureur si difficilement contenue. La sorcière semblait s'en amuser d'ailleurs.
-Bien, passons maintenant à la prochaine étape, dit Imina. Quelqu'un s'évertue à bafouer les règles élémentaires de notre royaume et nous devons savoir de qui il s'agit. Et je vais m'y employer !

Chapitre 3 : Les deux princesses

-Si on nous voit ici ensemble, ce sera un drame, dit Rella. Les lois d'Estrella nous interdisent de nous voir avant notre majorité, dois-je te le rappeler ?
-J'ai un problème, répondit Izia. Il m'est venu une idée un peu folle mais... je crois que ça a foiré quelque part... ou alors j'ai échoué tout simplement.

Izia expliqua à son amie qu'elle avait entrepris de faire venir une terrienne sur Estrella mais qu'elle n'avait pas réussi à la localiser. Soit la téléportation avait échoué, soit la fillette errait quelque part sur le territoire.
-Tu as tenté de faire quoi ? s'écria Rella qui n'en croyait pas ses oreilles. Mais... pourquoi ?
-Parce que nos lois sont injustes. Parce que je ne devrais pas avoir à rencontrer ma meilleure amie en cachette. Parce que nos deux peuples devraient coexister en pleine harmonie au lieu de s'opposer. Parce que la sorcière de la Montagne des Soupirs contrôle tout sur Estrella et que nos lois nous interdisent d'intervenir de quelque façon que ce soit. Mais ces lois ne s'appliquent pas à des gens de l'extérieur. Et les terriens constituent l'espèce la plus développée en dehors de notre système.
-Je me suis téléportée sur la Terre dernièrement, continua Izia qui avait du mal à refouler quelques sanglots, et je suis tombé sur une fillette, Laurie, qui m'a semblé très bien.
-Tu lui as parlé ? demanda Rella, à mi-chemin entre la curiosité, la peur et une certaine colère devant l'inconscience de son amie.
Oh non ! Juste observée. Je ne saurais pas l'expliquer mais j'ai tout de suite su qu'elle pourrait faire des miracles ici. Et j'en reste persuadée. Une intuition.

Rella resta silencieuse un moment tandis que Izia, penaude, regardait ses pieds.
-Ecoute Izia, si cette Laurie est bien parmi nous, il me semble évident qu'Imina l'a déjà repérée. Je propose donc que l'on retourne chacune chez nous et que l'on essaie d'en savoir un peu plus. Peut-être que nos pères pourront nous éclairer. Mais personne ne doit savoir que tu es à l'origine de tout ça.
-Mon père n'est pas idiot. Le tien non plus. Et je ne parle même pas d'Imina... Ils auront vite fait le lien. La téléportation n'est pas une science enseignée au plus grand nombre, tu le sais bien.
-Alors nous aviserons, répondit Rella. De toute façon, le mal est fait. Enfin, ce sera peut-être un mal pour un bien, l'avenir nous le dira. Mais en attendant, nous devons essayer d'en savoir un peu plus. Et retrouvons nous ce soir au bord du lac Cumis pour faire le point.
Izia acquiesça et les deux princesses se séparèrent. Elles sentaient toutes deux que les choses ne seraient pas simples. Et elles avaient raison.

Chapitre 4 : Le Roi et sa fille

Lorsque Izia arriva au château, elle manqua laisser échapper un cri en voyant Imina qui l'attendait.
-Alors princesse ? On est en balade ? Puis-je savoir...
-Rien du tout, coupa Izia qui prenait sur elle pour ne pas montrer la peur insidieuse qui l’étreignait chaque fois qu'elle croisait la sorcière. Rien ne vous donne le droit de me questionner. Je n'ai pour seule autorité que celle de mon père. Laissez-moi passer !
Imina recula, surprise par tant d'aplomb. L'enfant s'engouffra dans le château et disparût.
-Sale petite peste, siffla Imina. Tout le portrait de son père ! Mais elle ne perd rien pour attendre. Et si elle a quelque chose à voir dans tout ça, elle le paiera au centuple !
La sorcière leva le bras et l'instant d'après, elle voletait dans les airs sous les traits d'un corbeau noir de jais, rejoignant la Montagne des Soupirs en croassant de colère.

Lorsque Izia entra dans la salle du trône, elle vit tout de suite que quelque chose n'allait pas. Le front plissé de son père ne mentait pas. Il était soucieux, le visage fermé, le regard dans le vide.
-Où étais-tu ?
Izia tressaillit. Pas tellement à cause de la question. Mais le ton était inhabituel. Son père était toujours heureux lorsqu'elle venait le voir, quel que soit le moment de la journée, qu'il soit occupé ou pas. Elle ne le dérangeait jamais. Mais cette fois, le ton était sec, cassant et le roi posait sur sa fille un regard appuyé. Il attendait visiblement une réponse.
-Et bien... commença Izia, je suis allée au bord du lac. La journée est bien trop belle pour rester enfermée. Pourquoi cette question, père ? Vous semblez contrarié...
Le roi regarda attentivement sa fille mais ne répondit pas. Il scrutait son visage comme s'il essayait de lire ses pensées à l'intérieur.
-Et tu n'as croisé personne en chemin ? Ou une fois là-bas ?
-Non, bien-sûr que non, répondit Izia qui n'en menait pas large et qui faisait tout son possible pour ne pas le montrer. Vous me faites peur, père. Y a t-il quelque chose que je devrais savoir ?

Le roi Katoubon grommela deux trois mots dans sa barbe qu'Izia ne comprit pas. Elle n'était pas sûre qu'il y ait quelque chose à comprendre d'ailleurs.
-Je te demanderai de bien vouloir aller dans ta chambre et de ne pas en sortir de la journée. Il se peut qu'une menace pèse sur le royaume mais je n'ai pas encore suffisamment d'éléments. En attendant, tu ne dois pas quitter le château.
-Entendu, père, répondit Izia qui n'avait plus le moindre doute désormais. Il lui semblait évident que son père était au courant pour la petite terrienne. La téléportation avait donc bien fonctionné. Mais Izia savait aussi qu'elle ne devait pas se précipiter. Il lui faudrait bien évidemment retrouver cette Laurie mais pas pour le moment. Elle devait être patiente et espérer que les choses se tassent un peu avant de prendre la moindre décision. Mais elle comprenait aussi un peu mieux la présence d'Imina dans les parages, elle qui quittait assez rarement sa Montagne des Soupirs. Visiblement, il y avait de l'agitation dans l'air.

Izia salua son père et prit congé. Elle se réfugia dans sa chambre et décida d'attendre, histoire de voir un peu la tournure que prendraient les évènements. De toute façon, il serait trop dangereux de tenter quoi que ce soit pour l'instant. Et les comportements d'Imina et de son père ne l'incitaient pas davantage à risquer quoi que ce soit. Elle allait dorénavant devoir marcher sur des oeufs. Et Rella aussi.

Leur rendez-vous secret de la nuit prochaine semblait bien compromis. Izia se mit à trembler. Pourvu que tout se passe bien du côté de Rella !

A suivre...

vendredi 22 octobre 2010

En trompe l'oeil (10)



Elle aimait la nuit mais pas ses ténèbres. Elle aimait la chaleur de l'été qui rendait la douce fraîcheur de la nuit si agréable. La chaleur du panneau lumineux de l'hôtel où elle était descendue pour la semaine.

Depuis qu'elle était arrivée, elle avait passé toutes ses soirées sur le balcon de sa chambre d'hôtel. En silence, elle mangeait négligemment le repas qu'elle avait commandé à l'accueil tout en observant ce qui se passait autour d'elle. Ecoutant surtout. L'impatience des voitures dans le trafic. L'empressement de certains passants, la paresse des autres. Les éclats de voix. Les murmures. Même les silences, il lui semblait pouvoir les entendre.

Une fois qu'elle avait terminé son souper, elle restait là de longues heures, détendue, heureuse finalement. C'est du moins l'impression qu'elle avait. De sa solitude, elle avait fait une force. Elle n'y aurait renoncé pour rien au monde. Non pas qu'elle fut particulièrement sauvage ou asociale, non, mais elle n'aimait rien de plus que ces moments où rien ne se dit mais où tout prend un sens.

Elle ne faisait pas qu'écouter ou voir. Souvent, son regard se perdait dans le vide comme on se déconnecte de la réalité. Son esprit prenait alors le relais et vagabondait gaiement. Souvent. Parfois ses pensées prenaient une direction plus triste, plus mélancolique mais lui procuraient quand même une curieuse sensation de bien-être.

Il lui arrivait même de s'endormir sur le balcon de sa chambre. D'un sommeil lourd et réparateur. Bien plus réparateur que lorsqu'elle décidait de dormir à l'intérieur, dans un lit pourtant tout ce qu'il y a de plus confortable. Car il y avait alors l'enfermement, le silence, celui qui pèse et qui n'apporte aucune réponse, l'absence de cette fraîcheur si désavantageusement remplacée par l'air chaud recyclé d'un ventilateur au rabais.

Non. Ce qu'elle lui fallait, c'était son balcon. La nuit et ses néons. La bise sur son visage. L'esprit qui vagabonde. Les bruits tout autour. Puis les silences.

Demain, elle repartirait. Pour un ailleurs. Forcément différent. Et pourtant. Si proche finalement. Elle trimbalerait à nouveau sa solitude. Celle dont elle avait tant besoin.

Le jour, elle arpenterait les rues, sourirait aux gens bienveillants, se noierait dans la masse. Attendant, mais sans trop y penser pour ne pas gâcher l'instant présent, la nuit, ses hôtels... et ses balcons baignés par les néons.

lundi 18 octobre 2010

Cath a dit...









... Les BD ne sont pas interdites
Ni les puzzles
Ni le ciné, la télé, les jeux, la musique...

... NI LES FIGURINES ! ! ! (Ça, c'est MOI qui le dis !)

Et celle-ci n'était vraiment pas prévue... D'ailleurs, je n'en ai eu connaissance que très récemment. Pièce limitée, comme toutes les pièces Fariboles, mais surtout exclusive (En gros, le tirage est encore plus réduit, 150 dans ce cas précis, car la vente n'est réservée qu'à une seule enseigne et la figurine est donc épuisée en quelques jours).

Vu que l'un de mes projets est de réussir (dans un avenir plus ou moins proche) à réunir des pièces Fariboles en rapport avec les Schtroumpfs (Le triptyque Johan - Pirlouit - Schtroumpfs ainsi que Gargamel), je ne pouvais pas laisser filer cette pièce mettant en scène le Grand Schtroumpf qu'il m'aurait été ensuite impossible de me procurer.

Bref, j'ai craqué pour cette pièce, Homnibus et le Grand Schtroumpf, d'ors et déjà réservée et qui devrait débarquer à la maison courant novembre.

C'est pas demain que j'aurai le reste... mais c'est un début ! Et puis, comme je le faisais remarquer la semaine passée... je ne peux pas faire plusieurs régimes en même temps !

Je crois que mon choix est fait !



jeudi 14 octobre 2010

Puzzle à deux, le retour !


Vous vous rappelez de ce puzzle que Nath et moi avions réalisé en duo ? Ben, nous avons remis ça ! Vous pourrez constater que le thème n'a pas tellement évolué mais j'assume ! Je croyais que ce puzzle, toujours avec ses 550 petites pièces, serait une formalité, d'autant qu'il est moins surchargé que le premier. Et bien non. On a dû y passer à peu près autant de temps que sur le premier qui nous avait occupé cinq bonnes heures.

Au départ, je devais faire le puzzle, noter le temps mis pour le réaliser, le défaire... et le transmettre à Nath qui devait alors battre le temps de référence. C'était ça l'idée, histoire de varier les plaisirs.

J'ai donc commencé ce matin, bien motivé, d'autant que les couleurs chatoyantes de l'ensemble suffisaient déjà à me mettre de bonne humeur. Un peu plus tard, le contour est fait et je me rends vite compte que si l'image est plus lisible que celui fait en avril dernier, il n'en sera pas plus facile pour autant. Du coup, l'idée de la compétition est abandonnée et je me dis qu'à deux, décidément, c'est bien mieux.

Sauf que lorsque Nath rentre à midi, elle pense avoir mieux à faire de son jeudi après-midi de repos que de faire un puzzle. Comme faire une petite marche autour d'un plan d'eau entre Carsac et Gourdon. Je rechigne mais je cède. Après-midi ensoleillé bien sympathique avec ma douce malgré un acharné de la tronçonneuse qui gâche un peu l'aspect bucolique de la chose.

Du coup, ce soir, on s'y est remis. Chacun s'affairant à une partie du puzzle selon les personnages ou les couleurs dominantes. Petit à petit, on avance, on se consulte et le puzzle prend forme. Finalement, il ne reste que la partie en haut à droite. Un ciel bleu foncé sans réelle nuance. Je précise parce que c'est à ce moment que Nath a déclaré forfait, m'abandonnant lâchement. Il m'aura fallu un temps fou pour agencer les pièces correctement mais bon, je suis patient pour ces choses là (c'est assez rare pour être souligné, si, si !)

Ca me détend les puzzles... Et puis j'aime bien cette collection.

Mon amie Brigitte aussi aime les puzzles. Elle va se rendre à une soirée puzzle à la fin du mois. Elle cherchait un partenaire alors je me suis proposé, forcément. Je demandais juste à ce que l'on vienne me chercher puis me ramener ensuite. Eh bien, j'ai essuyé un refus. Parfaitement ! Comme si je demandais la lune ! Tout ça parce qu'elle est en Belgique et moi en France !

Dommage... Quelle belle équipe on aurait formé !


mercredi 13 octobre 2010

Louise est orpheline...



Gérard Berliner a disparu la nuit dernière à 54 ans d'une crise cardiaque. Je ne connaissais ni l'homme, ni ses chansons. Sauf une... Louise. Je ne résiste pas à l'envie de la partager avec vous, même si ce ne sera probablement une découverte pour personne. Très belle chanson de l'été 1982. Adieu, l'artiste !

Mais qui a soulagé sa peine
Porté son bois porté les seaux
Offert une écharpe de laine
Le jour de la foire aux chevaux

Et qui a pris soin de son âme
Et l'a bercée dedans son lit
Qui l'a traitée comme une femme
Au moins une fois dans sa vie

Le bois que portait Louise
C'est le Bon Dieu qui le portait
Le froid dont souffrait Louise
C'est le Bon Dieu qui le souffrait

C'n'était qu'un homme des équipes
Du chantier des chemins de fer
À l'heure laissée aux domestiques
Elle le rejoignait près des barrières

Me voudras-tu moi qui sais coudre
Signer mon nom et puis compter,
L'homme à sa taille sur la route
Passait son bras, la promenait

L'amour qui tenait Louise
C'est le Bon Dieu qui le tenait
Le regard bleu sur Louise
C'est le Bon Dieu qui l'éclairait

Ils sont partis vaille que vaille
Mourir quatre ans dans les tranchées.
Et l'on raconte leurs batailles
Dans le salon après le thé

Les lettres qu'attendait Louise
C'est le Bon Dieu qui les portait
La guerre qui séparait Louise
C'est le Bon Dieu qui la voyait

Un soir d'hiver sous la charpente
Dans son lit cage elle a tué
L'amour tout au fond de son ventre
Par une aiguille à tricoter

Si je vous garde Louise en place
C'est en cuisine pas devant moi
Ma fille prie très fort pour que s'efface
Ce que l'curé m'a appris là

Et la honte que cachait Louise
C'est le Bon Dieu qui l'a cachée
Le soldat qu'attendait Louise
C'est le Bon Dieu qui l'a vu tomber

Y a cinquante ans c'était en France
Dans un village de l'Allier
On n'accordait pas d'importance
A une servante sans fiancé

Le deuil qu'a porté Louise
C'est le Bon Dieu qui l'a porté
La vie qu'a travaillé Louise
C'est le Bon Dieu qui l'a aidée


mardi 12 octobre 2010

Une journée à Brive...

Je ne connais pas Brive mais rendez-vous médical oblige, je suis bien forcé d'y aller. Je stresse comme à chaque fois que je ne connais pas un endroit mais Nath m'accompagne et c'est une compagnie précieuse.


En plus, j'avais bien choisi mon jour ! Bloqués (et paumés) dès notre arrivée à Brive ! Le GPS que l'on m'a gracieusement prêté ne sert à rien. On se gare où on peut et on finit à pied grâce à une très gentille femme qui nous montre le chemin jusqu'au cabinet du médecin.


"Si j'avais su, j'aurais pas venu" comme disait l'autre. Avec ma hantise d'être en retard, nous avons 45 minutes d'avance mais le docteur nous prend immédiatement. Il est 12h30. Et là, je comprends vite que les prochaines semaines vont être longues, très longues... Putain de cortisone ! Putain de diabète ! J'ai besoin de l'un pour me soigner, ce qui entraîne l'autre...
Nath est un peu "tout chose" lorsque le médecin lui dit tout de go que je risque de perdre de précieuses années. C'est une stimulation comme une autre... mais quand même...


Là, je vais souffrir. Un régime drastique privé de tout ce qui est bon. Et quand je dis drastique, je ne rigole pas. Je crois que Nath et moi allons chacun devoir composer avec nos aliments et nos menus. Ca promet...


Les légumes sont à volonté et ils sont bien les seuls. Que vais-je devenir lorsque les tomates ne seront plus de saison, moi qui ne jure que par elles ?



En attendant, il est 13h15 quand nous sortons du cabinet. Il nous faut bien manger. Le repas du condamné : une belle entrecôte. Encore que mon régime ne semble pas interdire les viandes rouges, ni la dinde et le veau. En revanche, pour tout le reste, ça se présente mal...


La der des der ? Fort probable à en juger par mon "Petit guide du régime pour les nuls" qui ajoute avec une pointe de sadisme "même les sans alcool". Bah ! Autant la savourer alors !


J'avais entendu parler d'une boutique de BD / Para BD sur Brive et il n'était pas question que je passe à côté... J'y suis resté un bon moment, entre les bien belles figurines et les innombrables BD. Les vendeurs sont sympas mais un poil trop... commerciaux ? Toujours est-il que si je les avais écoutés, au moins deux figurines auraient rejoint ma collection, et pas des moindres. Mais j'ai tenu bon et je n'ai pas vacillé face aux facilités de paiement proposées par le big boss.


Je tombe sur le tome 2 de Bruxelles Métropole... Le tome 1 m'avait été offert par François-Marie et Brigitte lors de leur première visite en Dordogne. Du coup, j'achète. En plus, c'est le dénouement de la saga !


Damned ! Un tome 3 ! Serait-ce un nouveau cycle ? Je me dois de le prendre aussi, forcément !


Golden Cup tome 5 ! C'est ballot, j'ai tous les autres ! Que pouvais-je faire d'autre ???


Zut ! Pas de chance, je tombe sur cette BD dont j'avais entendu parler, il y a peu, et en bien. En plus, j'aimais beaucoup le style du dessinateur Thierry Robin (Rouge de Chine, Koblenz) avant qu'il ne s'oriente davantage vers les oeuvres "pour enfants". Bref, j'étais bien content de le retrouver "aux affaires". Pour fêter ça, j'ai acheté forcément... Et puis bon, je ne vais quand même pas commencer deux régimes dans la même journée !


Nous sortons du magasin de BD (Je vous rassure, Nath s'était absentée tout au long de mes allées et venues dans les rayons de la boutique) et nous faisons une brève halte dans l'église de Brive.


Il est temps de repartir. Je programme le GPS pour le retour et je suis bien inspiré car la sortie est bien plus proche de l'endroit où nous sommes garés que je ne l'aurais crû. On sort de Brive comme une fleur et on rejoint nos pénates.

Nous ne connaissions pas Brive mais nous y reviendrons. En plus, les gens y sont très chaleureux. La ville est très agréable à parcourir. Une belle découverte, à approfondir assurément.

lundi 11 octobre 2010

Les livres meurent aussi...


Lors de cette année 2010 un peu étrange (mais non achevée), il y a tout de même eu des moments de vrai et franc bonheur comme autant d'éclaircies.

Si je ne devais en retenir qu'un, ce serait les efforts déployés par mon amie Brigitte pour me dénicher l'ouvrage de Tibet (par ailleurs dessinateur trop tôt disparu de Ric Hochet) intitulé "Qui fait peur à Maman ?". J'ai déjà évoqué dans ce blog l'émotion née de ces efforts et le plaisir décuplé de la lecture de ce livre empli d'humour et de drames intimistes.

Je ne suis sans doute pas objectif mais cet ouvrage est un bijou, d'une part parce que je n'attendais pas Tibet sur le terrain de l'écriture (encore qu'il ait toujours été son propre scénariste sur la série Chick Bill) et que j'ai été très sensible à son style, et d'autre part parce que c'est un livre qui me parle par les thèmes qu'il aborde et par cette façon toujours tragi-comique de les développer. Un humour probablement salutaire pour le jeune Tibet et dont il aura finalement eu le bon goût de ne jamais se départir.

Le problème, c'est que je prends évidemment un soin maniaque de ce livre. Je l'ai lu avec autant de précaution que d'émotions, c'est dire si j'ai été ému... ou précautionneux. En même temps, quand on tombe sur un ouvrage de la sorte, on a envie de le partager. Alors, je me suis mis en chasse d'un second exemplaire, de manière bien moins obsessionnelle bien évidemment. Mais avec une certaine suite dans les idées.

Je n'ai pas réussi. L'éditeur L'esprit des Péninsules a mis la clé sous la porte. J'ai contacté la maison d'édition qui l'a racheté mais malheureusement tous les titres n'ont pas été repris, notamment le livre de Tibet. J'ai donc recherché de plus belle sur Internet, les sites d'enchères, les libraires sur le web et j'en passe...

Alors je me suis adressé en dernier espoir à Achdé qui n'est autre que l'actuel dessinateur de Lucky Luke auquel j'avais consacré un billet ici. Nous avions échangé quelques mails, il y a plusieurs mois de cela et je me rends de temps à autre sur son blog, toujours empreint de partage, de disponibilité et de gentillesse. Me doutant qu'il avait dû connaître Tibet de son vivant, je lui ai exposé mon cas et mes difficultés à trouver le fameux livre.

Il m'a alors expliqué quelque chose qui tombe sous le sens mais que je n'aurais pourtant jamais soupçonné. Voici ce qu'il m'a appris : "Au moment du rachat, ce qui n'est pas vendu est soit mis en vente en solderie, soit pilonné. Vu le type de bouquin, c'est sûr qu'il fut pilonné et donc qu'aujourd'hui, d'autres livres ont été fabriqués avec le papier de cet ouvrage. La dure loi du marché."

C'est d'une logique froide et implacable mais je n'aurais jamais pensé à ça. Moi qui ne pigeais pas pourquoi je ne parvenais pas à me procurer l'un des nombreux invendus, j'ai donc eu l'explication. Tous les ouvrages ont été rappelés et recyclés. Et comme Tibet était un dessinateur reconnu mais un écrivain méconnu, je ne suis effectivement pas certain qu'il s'en soit écoulé beaucoup d'exemplaires.

Du coup, je suis partagé. On donne sa chance à un auteur, on sort un livre... et au final on détruit ce que l'on a créé. Ce livre était un bijou d'émotion et de drôlerie mais qui le saura ? Qui en profitera jamais ? Et en même temps, je mesure la chance que j'ai de pouvoir posséder un exemplaire de ce bouquin. Tout comme je mesure sa rareté. Du coup, ce "petit plaisir" n'en est que décuplé. Et mon bonheur tout autant.

Alors oui, plus que jamais je le maintiens haut et fort, "Qui fait peur à Maman ?" est mon grand bonheur 2010. Tout ça grâce à Brigitte ! Quelle femme !

Des conséquences de nos choix...


Il ne se passe pas une journée sans que l'on soit confronté à des choix. Ceux que l'on nous impose. Ceux que l'on s'impose aussi parfois. On prend des décisions. Parfois contestées. Voire contestables. Mais on les prend quand même parce qu'elles nous semblent le mieux convenir à la conjoncture du moment. Parce qu'elles nous apaisent. Parce que nous ne trouvons pas d'autre réponse à une forme de détresse ou de désarroi.

Il y a quelques mois, j'ai pris une décision. Pour moi, elle s'imposait d'elle-même même si elle était radicale. Elle était à mes yeux la seule alternative en réponse à un manque d'amour, pire, de reconnaissance. Je ne dis pas que prendre cette décision assez extrême était une bonne chose, même si, depuis, je suis apaisé, aussi serein que je puisse l'être si je fais abstraction des aléas de la vie qui perturbent un peu le déroulement de cette année 2010. Je ne détiens pas la vérité. Je reste perfectible bien évidemment. Mais je me protège aussi, avec cette sensibilité exacerbée qui est la mienne et avec laquelle je dois composer.

J'ai donc pris cette décision. Je ne la regrette pas. Je dirais même que chaque jour qui passe semble me donner raison mais là n'est pas le propos. Certains m'ont donné leur opinion, ce que je respecte infiniment. Il y a ceux qui ont compris mon positionnement (avec même quelques soutiens inattendus), ceux qui ont du mal à l'assimiler mais qui entendent ce que je dis ou qui connaissent mon histoire, ceux qui ne comprennent pas vraiment mais qui se gardent bien de porter un jugement. Ceux aussi qui ont, tout simplement, du mal avec le concept même de se brouiller avec des personnes de façon durable et qui voudraient donc que tout s'arrange. De vrais pacifistes en somme, et je dis ça sans ironie, car ce sont probablement ceux qui me soutiennent le plus tout en souffrant en silence.

Tous ces gens qui m'entourent, amis, famille, relations, ont donc un avis. Mais ils n'ont pas changé leur façon de me considérer, de se comporter avec moi. Ils ont juste donné leur avis, mis des mots sur leur ressenti. Ils ne m'ont pas jugé, ni tourné le dos quand ils étaient en désaccord. Je les en remercie.

Mais comme le monde idéal n'existe pas, il y a toujours quelques brebis galeuses dans tout troupeau. Il y a ceux, minoritaires heureusement, qui vous disent que rien ne changera jamais, qu'ils peuvent composer avec ça sans souci mais dont le comportement exprime tout le contraire. Ces gens que l'on invite et qui se disent enchantés (Bien sûr que l'on viendra vous voir aux beaux jours !) et que l'on attend toujours. Ces mêmes gens qui, lorsqu'ils vous reçoivent pour un apéritif ou autre, sont absolument impeccables, tout sourire, conviviaux. Mais en dessous...

Et puis, parce qu'il en faut sans doute pour faire un monde, il y a les vrais déceptions. Ceux auxquels on tient le plus et qui vous font tomber de haut parce qu'ils se croient obligés de prendre position alors qu'il serait si simple de respecter les opinions, les décisions des uns et des autres, surtout lorsque ces mêmes personnes ne sont pas directement concernées. Ces personnes que l'on voit déjà si rarement du fait de l'éloignement géographique et avec lesquelles on aurait donc légitimement tant envie de partager un moment, et qui ne daignent même plus passer vous voir lorsqu'ils passent à quelques kilomètres de votre maison.

Ces personnes là sont décevantes parce qu'elles ne peuvent s'empêcher de choisir. Alors qu'il serait si simple de ne pas oublier le passé, les moments agréables, les fêtes partagées, les engueulades aussi. Ou, plus simplement, de se rappeler que je n'ai jamais rien fait contre ces personnes et que mes sentiments à leur égard n'ont pas changé.

Mais ces personnes ont finalement fait comme moi. Elles ont pris une décision. La boucle est donc bien tristement bouclée. Elles comptaient infiniment pour moi et m'ont, par leur comportement, tourné le dos. Elles sont extrêmement rares heureusement. Mais quand même. Elles avaient une place à part alors ça fait mal, forcément. Maintenant, j'agis en conséquence et je balaie d'un revers de la main ces personnes auxquelles je n'ai jamais fait le moindre mal et qui semblent l'avoir oublié.

On n'a qu'une vie, elle est courte, et je ne la croque déjà pas autant à pleines dents que je le voudrais. Alors si en plus, je tergiverse avec ce genre de considération, je ne m'en sortirai pas.

Restent les amis. Les vrais. Ceux qui écoutent. Qui conseillent. Qui ont un avis. Qui tranche avec le mien. Ou pas. Et qui restent mes amis.

Après, les masques peuvent bien tomber... Tant que restent mes amis.

mercredi 6 octobre 2010

Stephen J. Cannell 1941 - 2010


Un peu comme Jean Chalopin, il se peut que le nom de Cannell ne vous dise pas grand chose. Pourtant, ce producteur scénariste aura crée, souvent en compagnie de son complice Frank Lupo, un nombre assez incroyable de séries américaines "cultes".



Cette image de Stephen J. Cannell derrière sa machine à écrire est finalement l'image la plus célèbre qu'il nous restera de cet homme prolifique. A chaque fin de générique de toute série qu'il produisait, on le voyait ainsi taper frénétiquement sur son clavier avant de lancer la feuille par dessus son épaule. Une séquence vue et revue des centaines de fois compte tenu des dizaines de séries qu'il a créées, produites ou scénarisées, notamment dans les années 80.

Voici un florilège des principales séries auxquelles son nom est étroitement associé :


Les Têtes brûlées


Le juge et le pilote


L'Agence tous risques



Riptide


Rick Hunter


21 Jump Street


Un Flic dans la Mafia (sa meilleure série selon moi)


Les Dessous de Palm Beach


... et tant d'autres, plus ou moins inspirées d'ailleurs. Mais au final, Stephen J. Cannell laisse un héritage audiovisuel impressionnant qui aura fait les beaux jours de nos années 80. Ça valait bien qu'on mette un nom et un visage sur le créateur producteur de ces séries "incontournables", non ?

En trompe l'oeil (9)


Visiblement, il est des endroits où les coeurs ne doivent pas être gravés. C'est ce que devait penser le photographe en regardant l'éclair zébrer l'espace, du ciel jusqu'à la mer. En une fraction de seconde, les nuages s'étaient accumulés en une masse compacte et agressive, d'un bleu sourd et pesant. La mer avait pris un aspect émeraude, froid et métallique.

Pour autant, le photographe n'avait pas peur. Il avait même installé tout son attirail pour immortaliser cet instant où le ciel semblait se déchirer par endroit. Un chien se tenait là, pas davantage affolé. L'homme ne l'avait jamais vu mais sa présence lui faisait du bien, il n'aurait pas su dire pourquoi. Le calme du chien, et le sien d'ailleurs, tranchait véritablement avec la violence des éclairs qui semblaient embraser ciel, terre et mer. L'homme était hypnotisé par le bleu du ciel, noyé de nuages bas. Il détourna son regard qui se posa alors sur le coeur qu'il venait de graver sur la pierre.

On eut dit qu'il pleurait mais ce n'était que les larmes de pluie déversées en abondance sur la colonne pierreuse. Le coeur semblait saigner de larmes translucides. L'homme se demanda s'il devait interpréter cela comme un signe ou s'il devait s'en détourner. Il choisit la seconde option et s'en retourna à ses photos. Il mitrailla tout ce que sa vue pouvait lui offrir. Ciel, terre, mer, eau de pluie, coeur saignant, chien placide, éclairs déchirés, vagues à l'agonie, colère bleue des éléments. Il lui semblait même pouvoir immortaliser le grondement du tonnerre puis les craquements de l'orage. A côté de lui, le coeur semblait dégouliner d'eau de pluie, tant et si bien que l'homme ne le distingua bientôt plus.

Le photographe resta là un très long moment, trempé jusqu'aux os, protégeant tant bien que mal son matériel, mais sans pouvoir se résoudre à arrêter de mitrailler le spectacle d'apocalypse qui s'offrait à lui. Puis il rentra enfin. Au bout de plusieurs heures. Lorsque les éclairs cessèrent et que le ciel s'entrouvrit enfin, laissant apparaître un soleil timide promenant ses rayons sur la mer émeraude. Le coeur, raviné par les pluies incessantes, ne ressemblait plus trop à rien. Plus à un coeur en tout cas.

L'homme s'en retourna donc. Le chien lui emboîta le pas, toujours placide et silencieux. Il lécha la main que lui tendit le photographe sans que l'on sache vraiment si ces deux-là allaient finir ensemble. Il arriva chez lui, appela l'ascenseur et monta ainsi jusqu'au troisième étage.

Une fois à l'intérieur de son 120 mètres carrés, il ne lui fallut pas longtemps pour constater que sa moitié avait plié bagage. Placards vides, bibelots volatilisés, petit mot laissé sur un coin de table... les indices ne manquaient pas.

Un autre coeur commença à saigner...