lundi 6 septembre 2010

Qui est donc... Jean Chalopin ?


A l'instar du Docteur Gang dans l'inspecteur Gadget dont on ne voit rien excepté ses bras, Jean Chalopin pourrait ne pas dire grand chose de par son seul nom. Pourtant, il est à l'origine des dessins animés les plus incontournables des années 80. Une époque doucement nostalgique où les dessins animés étaient synonymes de qualité, avec des génériques qui avaient de la gueule (enfin certains...) et où la qualité du doublage finissait d'emporter l'adhésion. Un respect du public et une envie de toucher un éventail aussi large que possible. D'ailleurs, si certaines séries ont parfois un peu vieilli (que ce soit au niveau du scénario que de l'animation), les trentenaires qui ont connu cette belle époque ne rechignent pas à revoir ces quelques pépites.



La première grande réussite de Jean Chalopin fût la création d'Ulysse 31. En prenant de très grandes largesses avec la mythologie grecque originelle et en la transposant au XXXIe siècle, la série nous propose 26 épisodes de haute tenue. L'autre idée, très novatrice pour l'époque, est d'avoir travaillé en binôme avec les japonais pour toute la partie animation. Les histoires et dialogues sont signés Jean Chalopin et la partie animée est effectuée par une équipe japonaise motivée. L'animation est d'ailleurs ce qui se fait de mieux à l'époque et le partenariat est une réussite.


Pour preuve, le souhait des japonais de donner les traits de Jean Chalopin au héros Ulysse, une liberté de plus par rapport au matériau original mais qui témoigne bien de l'enthousiasme né de cette nouvelle collaboration. On ne peut pas nier qu'il y ait en effet un air de ressemblance. Pour le reste, Ulysse 31 relate donc le périple d'Ulysse et de ses compagnons qui, pour avoir battu le Cyclope, doivent errer dans l'espace alors que le chemin de la terre est effacé de la mémoire de l'ordinateur de l'Odysséus, leur vaisseau spatial. Une longue quête commence jusqu'au royaume d'Hadès où Ulysse et ses amis vont croiser de nombreux amis et ennemis comme Circé, Calypso, Sisyphe, Pénélope et tant d'autres...


Bref, une réussite totale si on adhère au genre. Il y a quelques années, une sortie DVD remasterisée a redonné ses lettres de noblesse à cette superbe série. L'occasion de revoir Ulysse 31 dans des conditions optimales et de profiter au mieux des facéties de Nono, le petit robot mangeur de "p'tits clous".

C'est à peu près dans le même temps que Jean Chalopin va sortir Les Mystérieuses cités d'or, une fresque sublime au milieu de la culture précolombienne. Esteban et ses amis Zia et Tao se lancent donc à la recherche de ces fameuses cités d'or. Esteban est un peu "l'élu" puisqu'il possède le médaillon du soleil qui doit lui permettre de retrouver les dites cités.


Leurs péripéties vont se poursuivre pendant 39 épisodes. Tout concourt à faire de cette série animée un spectacle de qualité qui tient en haleine. Là encore, Jean Chalopin est aux commandes (avec son complice Bernard Deyriès à la réalisation) et une équipe de talentueux dessinateurs japonais se charge de la partie animation. Le résultat tient en haleine sans problème, à grands renforts de révélations, trahisons et autres aventures trépidantes. Il faut dire que le filon des mystères amérindiens est inépuisable.




Jean Chalopin l'a d'ailleurs bien compris en insérant, à chaque fin d'épisode, un court documentaire que personne n'a pu oublier, immédiatement identifiable grâce à la voix de son narrateur Jean Topart. Identifiable comme son générique d'ailleurs. La série a été un réel succès à l'étranger et une suite serait en préparation, avec un pitch on ne peut plus simple : Esteban n'aurait trouvé qu'une Cité d'or et il lui faudrait donc partir à la recherche des six autres puisqu'il y en aurait sept apparemment. Bon, moi je veux bien mais on parle déjà d'une refonte graphique des personnages alors je crains le pire... d'autant que Chalopin, en perte de vitesse depuis une vingtaine d'années, n'a pas forcément les mêmes motivations de qualité et de respect de son public qu'à la grande époque des années 80.


Venons en à présent à l'inspecteur Gadget. Voilà la série qui représente pour moi le pire et le meilleur ou comment saborder au final une série qui avait, dans sa catégorie, tout pour elle. L'inspecteur Augustin Tamare serait devenu un être bionique après avoir glissé sur une peau de banane, devenant du même coup le bien nommé Inspecteur Gadget affublé donc de gadgets aussi improbables les uns que les autres tel que le gadgetocoptère, le gadgetobras (et jambe), le gadgetolasso, le gadgetopistolet à eau et j'en passe... Au départ, il est affublé d'une moustache mais seulement le temps du premier épisode (qui deviendra le 14e lors de sa diffusion) car la ressemblance avec l'inspecteur Cluzeau dont il s'inspire vaguement devient alors trop évidente au goût de ses créateurs.



Le pitch est toujours le même : l'inspecteur Gadget doit déjouer les plans du redoutable Docteur Gang qui règne en maître sur l'organisation MAD (fou en anglais mais Méchants Affreux et Diaboliques pour la petite histoire). Il reçoit à chaque début d'épisode un ordre de mission de la part de son supérieur, le chef Gontier, sous la forme d'un message "qui s'autodétruira dans..."
Pas dégourdi pour deux sous et soupçonnant toujours les innocents en lieu et place des méchants agents MAD, l'inspecteur Gadget est heureusement aidé à son insu par sa nièce Sophie, qui ne se sépare jamais de son livre ordinateur, et par son chien Finot, qui ne ménage pas ses efforts pour venir continuellement en aide à son maître.

Les intrigues sont inégales, les gags mettant en scène les gadgets de l'inspecteur aussi, mais la sauce prend bien, du moins lors des 65 épisodes qui composent la première saison. Le chara design est inspiré et les influences à la James Bond sont assez savoureuses. Il suffit de regarder la gadgetomobile et la madmobile pour s'en convaincre. Outre leurs gadgets respectifs, les deux véhicules se transforment. Celle de Gadget en une camionnette et celle du Docteur Gang en un avion et un sous-marin.
Mais une des plus grandes réussite, selon moi, réside dans le personnage même du Dr Gang. Faut dire que j'ai toujours aimé les méchants. D'ailleurs le doubleur, immense Victor Désy, prend visiblement un pied pas croyable à faire vivre ce personnage tout en démesure.


Malheureusement, la deuxième saison comprenant une vingtaine d'épisodes sera loin d'égaler la première, tant sur la forme que sur le fond. Pour une raison qui m'échappe, tous les doubleurs sont remerciés (à l'exception du regretté Luc Durand alias Gadget) et les nouveaux choix sont catastrophiques. Seule la remarquable Barbara Tissier s'en sort avec les honneurs en reprenant la voix de Sophie (Barbara Tissier a notamment doublé la facétieuse Punky Brewster) mais la palme de la médiocrité revient, et de loin, à Georges Atlas qui double Dr Gang. Une vraie catastrophe, la voix sardonique de Gang devenant un peu celle d'un papi à bout de souffle. Un changement incompréhensible et qui nuit vraiment à la qualité de la série. Ajoutez à cela des intrigues anesthésiantes, des personnages secondaires horripilants (Capeman) et une surenchère de gadgets et vous obtenez un gloubiboulga franchement indigeste. Et pour enfoncer le clou et ruiner complètement le "mythe", Jean Chalopin créera quelques années plus tard Gadget et les gadgetinis qui n'aura plus grand chose à voir avec la série originelle (relooking affreux, personnages méconnaissables, intrigues inexistantes). Une honte dans le sens où je ne comprends toujours pas comment un créateur aussi prolifique, Jean Chalopin, toujours lui, a pu saborder à ce point une telle série. Il aurait été si simple d'en garder l'esprit bon enfant. Las, il n'en reste définitivement plus rien. Dommage.



On continue ce tour d'horizon "Jean Chalopin" avec un autre gros succès : les Minipouss. Tout est dans le générique : "Petits êtres à moitié hommes". Et moitié souris. Ils vivent donc dans les endroits inaccessibles des maisons et seul un enfant, Eric Legrand, connait leur existence. A partir de là vont découler 29 épisodes répartis en 3 saisons de facture inégale où les auteurs vont évidemment s'amuser des situations nées de la différence de taille entre les Minipouss et les humains. Curieusement, la série n'a pas vraiment, à mon sens, bien vieilli au niveau de l'animation mais ça reste correct. (Quiconque a vu Les Mondes engloutis trouvera que n'importe quel autre dessin animé de cette époque est correct de toute façon...). La série doit beaucoup au personnage farceur de Charlie, l'un des Minipouss, qui n'en finit plus d'accumuler les gaffes et de mettre en danger tous ceux de sa tribu.



Autre réussite de ces années 80 : les Entrechats, qui ont longtemps fait les belles soirées de la 3, au même titre qu'Ulysse 31. Chaque épisode était divisé en deux parties d'environ 10 minutes, l'une mettant en scène Isidore, chat domestique dont la nonchalance n'est pas sans rappeler celle de Garfield, et l'autre relatant les aventures de Riff-Raff, chef de la bande des Entrechats, jouant les bad boys au coeur tendre dans une décharge. A noter que le personnage d'Isidore existait sous forme de vignettes humoristiques depuis 1973 et que Jean Chalopin et son équipe en ont donc fait une (très libre) adaptation.



On continue avec Jayce et les conquérants de la lumière qui ont eu un succès considérable chez nous. Jayce doit lutter contre des plantes maléfiques, les Monstroplantes dirigées par le diabolique Diskor. Pour vaincre, Jayce doit retrouver son père afin d'unir son médaillon au sien, l'union de ces deux médaillons devant permettre d'éradiquer la menace des Monstroplantes.

Au départ, c'est une commande du fabricant américain Mattel qui souhaitait développer une gamme de jouets. Malheureusement, si la série a bien fonctionné aux USA, la gamme des produits dérivés a été un échec pour Mattel qui a donc renoncé à financer une deuxième saison. Résultat : la série se finit en queue de poisson. Là aussi, en terme d'animation, la série apparait assez vieillotte et le fait qu'il n'y ait pas de fin n'encourage pas forcément à la redécouverte.

On finit enfin par deux séries que je considère comme mineures et assez rebutantes par leur réalisation : Mask et Pôle position dont on retiendra surtout, pour l'une comme pour l'autre, les génériques qui sont restés dans les mémoires des trentenaires comme moi. Pour le reste, pas grand chose à en dire.



Tout comme pour Jayce, MASK répond à la volonté du fabricant Henner de mettre une nouvelle gamme de véhicules transformables sur le marché. La série, elle, raconte l'affrontement entre deux commandos d'agents secrets (MASK) et leur penchant maléfique (VENOM). Voilà, tout est dit, merci d'être venus...
Quant à Pôle Position, rien à en dire si ce n'est que des cascadeurs professionnels remplissent des missions pour l'organisation Pôle Position. Oui, je sais, c'est passionnant et c'est bien pour ça que j'ai gardé ces deux séries très dispensables pour la fin.


Au final, Jean Chalopin aura écrasé de tout son poids la production animée des années 80 au travers de dessins animés globalement incontournables (Ulysse 31, les Mystérieuses cités d'Or, Inspecteur Gadget dans sa première saison). Dommage qu'il n'ait pas su parfois en rester là, n'hésitant pas à saborder certains de ses bébés, jusqu'à en enlever l'âme même de la série. Gadget en est le meilleur exemple avec une saison 2 indigne et une série plus récente, Gadget et les gadgetinis, franchement indigeste. Du coup, on a tout à craindre d'une éventuelle suite aux Mystérieuses Cités d'or qui ne devrait pas se faire sans le relooking de circonstance et qui laisse craindre une réalisation au rabais.
Bref, ne gardons que le meilleur de ces années-là. Jean Chalopin reste un pilier incontournable de l'animation en France des années 80. On lui doit quelques uns de nos plus beaux souvenirs de gosses émerveillés devant notre téléviseur. C'est déjà beaucoup. Alors un grand merci monsieur Chalopin !