
Je n'aime pas quand les choses m'échappent. A ce titre, je ne crois pas être différent de ceux qui m'entourent. Généralement, j'apprécie tout autant de pouvoir m'en tenir aux décisions que j'ai prises, qu'elles soient ou non discutables, et même s'il n'y a que les imbéciles qui...
Du coup, depuis mardi dernier, je suis contrarié. Très. On pourra estimer que j'ai pris une décision mais on m'y a tellement contraint finalement que j'ai l'impression que cette décision ne m'appartient pas. Qu'elle était inévitable mais qu'elle ne m'a jamais appartenu. Inévitable parce qu'elle résultait d'une première décision, prise il y a presque un an jour pour jour, qui ne faisait pas l'unanimité. Mais je pensais qu'avec le temps, les choses se tasseraient. Que les gens comprendraient. Que l'amour ou l'affection qu'ils me portent les rendraient compréhensifs. Je veux dire vraiment compréhensifs. Pas comme ceux qui écoutent sans entendre.
Mais les choses sont allées en empirant. Pas pour moi bien évidemment qui allait bien mieux depuis un an que depuis ce maudit mardi dernier. Mais pour ma chère et tendre qui ne supportait plus la situation et qui ne manquait jamais une occasion de me le faire savoir. Une forme de harcèlement (Je crois vraiment que le mot n'est pas trop fort) qui ne m'a laissé qu'une option. Et il n'y a rien de pire que de laisser à penser que l'on est maître d'une décision alors que finalement, elle ne nous appartient déjà plus.
Il y a un an, je décidais de rompre les relations avec ma mère biologique. Je rajoute volontairement le terme biologique, pas pour tomber dans une pseudo exagération de la situation, mais parce que j'ai quand même eu la chance de côtoyer des personnes qui m'auront apporté bien davantage, sans passer par les liens du sang. De l'amour mais aussi -et surtout- de la reconnaissance, une forme de fierté, d'encouragements. Tous ces besoins essentiels que ma propre mère n'a jamais été en mesure d'assouvir. Ni même tenté d'ailleurs.
J'ai lutté toute ma vie avec ça. Contre ce manque. Voire contre l'indifférence parfois. Ou les railleries. Jusqu'à saturation. Vraiment, je n'en pouvais plus. Et de constater surtout qu'elle n'avait pas évolué d'un iota, cherchant toujours à amoindrir les portées de ses actes ou à se dédouaner. Je ne recherchais pas une mère parfaite. Mais au moins une mère qui s'assume. Qui reconnaisse ses torts. Qui ait un coeur. Qui m'en fasse profiter. Qui montre des émotions. Peine perdue.
Alors je m'en suis allé. Nath n'approuvait pas mais comprenait. Disait comprendre. Mais se heurtait à l'image parfaite de la famille qu'on lui avait inculquée. Comment pouvait-on en arriver à de telles extrémités ? Cela ne se fait pas, voyons. Alors je lui ai expliqué les choses, patiemment, pas comme autant de vérités car je ne prétends pas en détenir, mais plutôt comme un bilan de presque 40 ans de frustrations. Mais rien n'y a fait. Nath remettait ça sur le tapis. Tout le temps, sans relâche.
Alors, contraint et forcé, tout en essayant de me persuader que je le faisais par amour pour ma chère et tendre, je suis allé voir ma mère mardi dernier et j'ai enterré la hache de guerre. Mais avec ma franchise habituelle, celle qui aurait parfois pu me jouer des tours mais que j'assume tellement, je lui ai bien précisé à qui elle devait ce retournement de situation. Et que sans cela, je n'aurais jamais ressenti le besoin de changer quoi que ce soit à la situation. Je ne l'ai pas dit par méchanceté mais uniquement parce que je ne voulais pas qu'elle se méprenne sur mes intentions. Ma mère s'est fendue d'un laconique "Je ne t'en veux pas", preuve qu'elle n'a jamais rien compris et qu'elle mériterait vraiment la solitude dans laquelle je l'avais laissée depuis novembre dernier. Mais je n'ai pas voulu relever, sans quoi je me serais, au bas mot, agacé.
Me revoilà donc à la case départ. Ou presque. Nath a retrouvé sa belle-mère. Mais moi, je n'ai pas retrouvé ma mère. Ou plutôt si. J'ai retrouvé celle que j'avais quittée. Celle qui me fait honte. Celle qui ne changera jamais et qui ne sera donc, finalement, jamais une vraie mère pour moi. Nath va bien. Elle a bien de la chance. Ça devrait me combler d'ailleurs puisque j'ai fait tout ça pour elle. Sauf que... Ben, je l'ai sacrément mauvaise, à vrai dire.
Et ce n'est pas parti pour s'arranger...