
Depuis quelques semaines, Laurent Ruquier anime une émission calquée sur le principe du désormais culte "Petit théâtre de Bouvard" et qui s'intitule "On ne demande qu'à en rire". Injustement boudée par le public, coincée entre le dégradant Secret Story et la valeur sûre "Questions pour un champion", cette nouvelle émission peine à trouver ses marques.
Pour ma part, je la regarde avec beaucoup d'intérêt et c'est un peu devenu mon rendez-vous incontournable du début de soirée. Le principe est donc de faire venir des humoristes en herbe qui ont quelques minutes pour présenter un sketch inspiré d'un fait de société (chacun ayant fait au préalable un choix dans une liste et ayant eu ensuite quelques heures voire quelques jours pour écrire quelque chose de leur cru). La plupart des candidats se produisant déjà dans de petites (voire plus grandes) salles de France, il leur est interdit de faire un "copier coller" de leur spectacle. Ils doivent proposer de l'inédit, quelque chose de spécialement écrit pour l'occasion.
Une fois que les humoristes ont présenté leur sketch, ils sont soumis aux votes du public, de deux personnalités (souvent des gens du spectacle, théâtre ou cinéma) et à l'un "de la bande à Ruquier". Ils sont donc soumis à 5 votes sur 20 (Ruquier votant aussi) et doivent donc atteindre un score de 60 / 100 pour avoir le droit de revenir.
Si le plat proposé est vraiment trop indigeste (et cela arrive bien plus souvent qu'on pourrait le croire...), il est possible d'arrêter le massacre en appuyant sur un bouton rouge. Seul le public n'a pas cette option, mais Ruquier et ses invités, si. Il suffit que deux invités appuient sur le fameux bouton rouge pour que le sketch s'arrête et que le candidat soit éliminé. Et franchement, quand ça se produit, c'est amplement mérité. Il faut vraiment que le sketch soit insipide ou que l'humoriste ne soit vraiment pas drôle ou alors en panique. Bref, une option qui pourrait faire craindre le pire mais qui apparait comme salutaire. Car parmi les candidates finalement recalés (donc en dessous des 60 points), il y a ceux qui ne font pas rire, ceux qui croient faire rire mais qui ont tout faux, ceux qui s'essaient à des imitations potaches, ceux qui viennent déguisés mais qui ont visiblement oublié d'écrire leur sketch et enfin, les plus excusables finalement, ceux qui ont la boule au ventre, ce trac finalement bien compréhensif.
Parmi les humoristes, il y en a tout de même de très bons. Ma palme revient à Alain Doucet, un voisin de Belgik, de Charleroi plus précisément. Il en est à 5 ou 6 représentations et il me ravit à chaque fois car il allie spectacle visuel et écriture redoutable. Il a surtout un sens de l'absurde que n'aurait pas renié Raymond Devos. D'ailleurs, sa voix et sa présence scénique, pourtant minimaliste, y sont aussi pour beaucoup dans la comparaison qu'il est pourtant impossible de ne pas faire. C'est déjà un grand et je pense, j'espère qu'il ira loin. C'est en tout cas un des rares comiques qui me donnerait envie de payer pour voir son spectacle. Alors certes, c'est forcément inégal mais moi, j'en redemande !

Autre pointure : Olivier de Benoist. Il en est à 6 visites sur le plateau de Ruquier et il est déjà amené à revenir une septième fois. Lui-aussi, c'est une grande qualité d'écriture, une belle aisance scénique, un charisme assez impressionnant et beaucoup d'originalité, surtout dans la manière de traiter le sujet imposé. Lui-aussi, je ne rechignerais pas à aller le voir sur scène.

Et puis, hélas, cent fois hélas... Il y a toujours les roublards tendance tricheurs. Hélas parce que malheureusement pour nous, ça marche. Le cas Kev'Adams. Ce type est d'ailleurs en train de se faire une petite réputation dans le monde de l'humour. Il a déjà fait au moins une prestation télé avant d'atterrir sur le plateau de Ruquier et il se produit je ne sais plus trop où dans Paris. Son spectacle est peut-être de qualité, grand bien lui fasse, je n'en sais rien et je m'en fous.
Sauf que, pour l'avoir précisément vu dans ses oeuvres lors de cette fameuse apparition télé (dont j'ai malencontreusement oublié le titre), j'ai donc pu aisément constater qu'il se contentait de resservir la même soupe chez Ruquier. Autrement dit, il n'écrit rien pour l'occasion. Il choisit juste un thème comme le font les autres candidats et adapte un des sketchs de son spectacle en conséquence. Et l'illusion marche puisque le jury et le public lui donnent à chaque fois de jolies notes qui lui garantissent de revenir une énième fois. Il en est déjà à trois passages, et si je ne peux pas me prononcer avec certitude sur sa dernière prestation, il a manipulé jury et public lors de ses deux premières interventions. Je trouve ça assez mauvais, surtout vis à vis de certains qui ont moins de facilité scénique que lui mais qui font l'effort de respecter les consignes, à savoir écrire un sketch spécialement pour l'émission. Surtout quand on sait la masse de travail que cela suppose.
Le public a beau lui manger dans la main, le jury a beau n'y voir que du feu, je ne suis pas près de me laisser abuser par Kev'Adams. Sauf qu'en attendant, il est toujours là et que je dois me le coltiner au moins une fois par semaine... Youpi...... Mais les masques finissent toujours par tomber de toute façon.
Pas de quoi m'écoeurer de "On ne demande qu'à en rire". Je souhaite à cette émission de trouver ses marques et de ne pas être enterrée trop rapidement. Car il y a quand même des humoristes qui ont un sacré talent. Et qui méritent vraiment qu'on s'y attarde.
Malgré Kev'Adams.