lundi 10 mai 2010

En trompe l'oeil (6)



Le constat était d'une désespérante évidence : elle se faisait chier, ni plus, ni moins. Il y avait peut-être des façons plus élégantes de le dire mais enfin elle n'en pouvait plus. Elle pensait à son mec qui devait être rentré depuis plus d'une heure. Elle ne pensait plus qu'à le rejoindre. Le désir qui l'étreignait depuis de longues minutes déjà lui rendait l'absence encore plus insupportable. Son regard dans le vide en disait pourtant long.


Mais enfin, en l'état, elle ne pouvait pas planter ses copines. Qui ne remarquaient rien bien évidemment. Ce n'était pourtant pas faute d'avoir allègrement soupiré. Mais non, décidément, elles étaient absorbées par leurs histoires de filles. Alors elle écoutait. Distraitement. Ou pas. Elle porta une énième fois la clope à ses lèvres puis l'agita nerveusement et les cendres glissèrent sur le sol.


Elle regardait sans vraiment les voir les cendres se désagréger sous le vent et se dit qu'elle en était déjà à deux paquets aujourd'hui. Putain, pas bon de stresser. Elle esquissa un sourire en pensant à tous ceux qui lui avaient conseillé de s'arrêter, ou de freiner. Non mais, de quoi ils se mêlent les gens ?


Angela et Béa fumaient plus qu'elle de toute façon. Elles parlaient beaucoup plus qu'elle pourtant mais arrivaient quand même à fumer bien davantage. Là, elles devisaient sur les mecs, leur sujet de prédilection. Elle sourit d'ailleurs en se faisant cette réflexion. On a toujours l'impression que beaucoup de clichés circulent sur les nanas. Sauf que ce n'en sont pas. Les filles parlent des mecs, point. Et pour peu qu'ils aient juste été un petit peu cons, ils en prennent plein la gueule.


Visiblement, le gus en question avait dû en tenir une sacrée couche. Ou alors elles avaient besoin de se défouler. En tout cas, pensa t-elle, je croise le gars, je change de trottoir, de rue, voire de quartier.


Amélie reprit une taffe puis se secoua nerveusement les cheveux. Son regard se posa négligeamment sur le sac de Béa, délicatement posé sur un journal à même le sol. Béa avait toujours eu ce côté un peu maniaque. Elle avait toujours un journal sur elle, ou une serviette, pour protéger un truc ou un machin. Là, elle protégeait donc son sac et, paradoxalement, y déposait depuis plus d'une heure, les cendres de ses cigarettes successives.


Amélie esquissa un sourire. Elle en était réduite à ça. Se poser ce genre de questions existentielles, observer ce genre de détails sans importance. Elle se demanda, tout aussi soudainement que lorsq'on passe du coq à l'âne, s'il avait déjà pris sa douche. Elle l'aurait bien accompagné. Si elle avait été là. Mais ce ne serait pas pour tout de suite visiblement. Sans compter la petite heure à se coltiner pour rentrer chez elle. En plus, elle avait soif mais c'était prendre le risque de se retrouver à la terrasse d'un café jusqu'à plus d'heure.


"... Tu n'es pas d'accord, Amélie ?" lui arriva de tellement loin qu'elle crut un instant avoir mal entendu. Hélas, c'était bien à elle que l'on s'adressait.
Elle regarda tour à tour ses deux amies qui éclatèrent de rire.
-Je te l'avais bien dit, Angéla. Passé 16 heures, elle est déconnectée notre Amélie. On peut même dire où elle se trouve en ce moment, pas vrai ?
-J'en connais un qui a dû rentrer depuis un petit moment déjà, non ?
Amélie sourit, un tantinet gênée mais si peu finalement.
-Bon, nous, on a terminé, dit Angéla. On sait bien que tu n'as rien écouté, ou presque, mais ça ne nous aura pas empêché de dire du mal de l'autre tâchon. Non mais, quel con, celui-là !
-Allez les filles, let's go ! Certaines choses n'attendent pas, reprit Béa, une pointe de malice dans la voix.


Les trois amies se levèrent, Béa récupéra son sac et son journal, puis elles marchèrent, toujours clopant-clopant, en direction du premier arrêt de bus qui se présenterait à elles.

4 commentaires:

Cath a dit…

Le métro ? Parce qu'elles sont à Paris, là ? Jamais vu de palmiers comme ça, à Paname, moi... Il faudra me donner l'adresse ! ;)
Sinon la scène est bien vue, on y croit !

franck a dit…

C'est vrai que je ne me suis pas soucié des palmiers mais je tiens à dire que je les avais bien vus... Mais comme maintenant, on trouve des palmiers partout y compris où il ne devrait pas y en avoir, j'ai décidé de passer outre et de me dire que même à Paris, ça devait se trouver...
Mais Nath m'a fait la même réflexion... pff...

franck a dit…

Allez, comme je suis un "auteur" soucieux des commentaires de ses chers lecteurs, j'ai supprimé toute allusion au métro. Ca ne change pas le fond mais question crédibilité, on va dire que c'est quand même un peu mieux !

Titof a dit…

ah bah oui, tu as enlevé "le metro", parce que il ne me semblait pas l'avoir lu...
mais ca pourrait en effet arriver...
la photo a été prise a Canton, dans un parc horticole.
Amelie est en effet au centre, accompagnée de 2 des ses meilleures amies venues nous voir en Chine.
Le recit se confond tres bien avec l'ambiance.