samedi 11 septembre 2010

Dilemme pour une amitié royale


Exercice un peu particulier aujourd’hui puisque je vais vous faire partager une histoire écrite par notre amie Isa alors qu’elle devait avoir une douzaine d’années. Vous constaterez que c’était déjà très prometteur et qu’il est finalement dommage qu’elle n’aie pas persévéré dans cette voie, mais c’est une autre histoire…

Je vous livre ici le texte brut, seulement corrigé des quelques (rares) fautes d’orthographe. Pour le reste, tout est à l’identique : tournures, style… Je n’ai touché à rien. Quelques soucis lors de la mise en page par Blogger mais bon...

Une fois que vous aurez pris connaissance de cette histoire, le challenge sera pour moi de me la réapproprier afin de vous proposer une nouvelle à partir du matériau d’origine mais où toutes les libertés (ou pas) seront permises. Me connaissant, vous devriez avoir cette nouvelle mouture dans un délai allant de quelques jours… à quelques années. Bien entendu, tout ceci s’est fait avec l’accord de l’auteur.

Allez, bonne lecture en attendant ! Voici l’histoire que racontait Isa à l’époque :

Dilemme pour une amitié royale

Réalisation : Isabelle S.

Sur une idée de Isabelle S.

Dessins : Isabelle S.

(Bon, les dessins, vous vous en passerez, hein… NDLR)

Chapitre 1 : La planète inconnue

Saviez-vous qu’à des millions de kilomètres de la Terre, une planète est habitée ? Estrella est son nom. Cette planète est trois fois plus petite que la Terre. Elle est constituée de deux continents : un à l’Est et un à l’Ouest, séparés par un petit océan, Magé.

A l’Est vit le peuple des Cumis. Pacifiques, ils vivent de leurs cultures car Estrella est une planète extrèmement fertile. Elle regorge de fruits, de céréales, d’animaux et de beaucoup d’autres merveilles. Sur la partie Est règne un roi, le roi Katoubon ; il règne depuis dix ans sur l’Est, il a une fille Izia, très jolie et très vive, elle fait le bonheur de son père. Malheureusement, Izia n’a plus de mère, elle ne l’a jamais connue car celle-ci est partie un jour dans la Montagne des Soupirs et n’est jamais revenue. Qu’est-ce que la Montagne des Soupirs ? C’est l’endroit le plus malfaisant de la planète car y vit la sorcière Imina. Elle est la gardienne du temple des fruits Jourt. Ceux-ci ont l’étrange propriété de guérir n’importe quelle maladie, et c’est en allant en chercher pour elle-même que la mère d’Izia a disparu. Quel ne fut pas le chagrin du roi, laissé seul avec une petite fille de quatre mois ! Ah ! Il faut vous dire que la Montagne des Soupirs est en plein milieu d’un lac qui, lui, se trouve à l’intérieur des terres de l’Est. Ce lac s’appelle tout simplement le lac des Cumis.

Parlons maintenant de l’Ouest. Cette partie est à peu près identique à l’Est, sauf que le peuple des Zouapé, c’est comme cela qu’il s’appelle, n’a pas de lac chez lui. Le roi Taraison règne aussi depuis dix ans et a une fille Rella, timide mais très jolie. Celle-ci, par contre, a une mère, Soualane, très gentille et très douce. Vous voyez que ces deux parties se ressemblent à quelque chose près… sauf en mettant les deux rois côte à côte : Katoubon est gros et petit, les cheveux noirs, les yeux marrons, toujours un grand sourire aux lèvres ; quant à Taraison, il est grand, maigre, les yeux verts, les cheveux grisonnants et un petit sourire en coin qui lui donne un air très sérieux. Mais ne vous y trompez pas ! Il adore rire ! En conclusion, on peut dire que ces deux rois réalisent tous les désirs de leur peuple… ou presque. Car les habitants de cette magnifique planète, s’ils font un vœu, souhaitent toujours la même chose : pouvoir rencontrer la sorcière Imina car on dit qu’elle est aussi belle que méchante, et leur curiosité en souffre énormément.

Chapitre 2 : Laurie, petite fille rêveuse

Maintenant, allons sur une planète connue : la Terre !

En Provence, dans un petit village, habitent Laurie et ses parents. Laurie a 12 ans comme Izia et Rella. C’est une petite fille rêveuse qui s’invente des amis. Elle inquiète ses parents parce qu’elle ne sort presque jamais et est toujours toute seule.

Un matin, alors que Laurie est dans le jardin, jouant avec une poupée, elle entend un drôle de bruit derrière un buisson. Elle s’avance pour savoir ce que c’est et un rayon lumineux l’éblouit. Elle se réveille dans une chambre très jolie, toute rose et blanche, avec un grand lit, des livres, des jouets. A côté d’elle se trouve une petite fille de son âge.

-Qui es-tu ? Où suis-je ?

-Je m’appelle Izia et tu es sur la planète Estrella.

-C’est une blague ! Je n’ai jamais entendu parler de cette planète !

-C’est parce qu’elle se trouve à des années-lumière de la Terre et vos savants, même s’ils inventaient un gigantesque télescope, ne pourraient découvrir l’existence d’Estrella.

-Mais alors, vous devez avoir une technologie très avancée pour savoir que nous existions ?

-Non, mais nous voyons les choses, nous sommes un peu télépathes, ce n’est pas un don, nous l’avons en naissant. C’est ainsi que nous avons découvert, il y a des milliers d’années, que la Terre existait. Il faut te dire qu’Estrella existait déjà bien avant la planète bleue.

-C’est fantastique ! Mais dis moi… comment se fait-il que je me trouve sur Estrella alors que tu viens de me dire qu’elle se trouve à des années-lumière de la Terre ?

-C’est de la télépathie, je t’ai fait apparaître ici grâce à ce pouvoir. En fait, il ne peut servir qu’à deux choses : faire apparaître des gens sur notre planète, des étrangers seulement, si besoin est, et deviner un danger. Voilà…

-Alors vous ne pouvez pas lire dans les pensées ?

-Non. Autrement, ce serait la discorde entre le peuple ! Tu sais, je t’ai télétransportée sur Estrella, en fait, je n’en ai pas le droit. D’après nos règles, on ne le pourra que lorsque la Terre aura découvert notre présence. Car nos peuples ont peur que les humains ne sèment la zizanie entre nous.

-Mais pourquoi suis-je ici ?

-Pour m’aider !

-Mais pourquoi moi ?

-Parce que la personne dont j’ai besoin devait être gentille, douce et… rêveuse ! Car de plus en plus, les humains ne croient plus aux rêves mais toi, si !

-Et que dois-je faire ?

-M’aider à pouvoir me faire une amie.

-Moi ? Mais comment… Sur Terre, je n’en ai presque pas et…

-Pour cela, il faudra simplement que tu ailles parler à Imina, la sorcière de la Montagne des Soupirs !

Chapitre 3 : L’étrange coutume

Izia expliqua à Laurie que la sorcière était très dangereuse. Elle lui raconta la triste histoire de sa mère disparue.

-Mais pourquoi n’y vas-tu pas toi-même ? demanda Laurie.

-Car je suis la princesse et plus tard la Reine. Je n’ai pas le droit de courir de danger, dans l’intérêt des Cumis.

-Mais c’est moi qui vais être exposée à l’humeur d’Imina, trouves-tu ça très juste ? Je sais que je ne suis pas courageuse mais…

-Attends ! Imina ne peut rien contre toi, tu es terrienne, pas estrallane ; ses pouvoirs n’ont aucun effet sur toi.

-Alors pourquoi ne pas avoir fait appel à un terrien lors de la disparition de la Reine ?

-Mon père s’y est refusé. La loi de nos ancêtres est formelle : aucun terrien sur Estrella tant qu’ils ne l’auront pas découverte.

-Mais tu désobéis à la loi !

-Ecoute, l’amie dont je t’ai parlé s’appelle Rella, c’est la princesse des Zouapé, je t’ai raconté comment était dirigée Estrella, tu t’en rappelles ? Bon, un matin, alors que j’étais sur le bord de l’océan Magé… tu vois, derrière ces arbres ? C’est l’océan, expliqua Izia, en montrant de la fenêtre de sa chambre une immense forêt épaisse et touffue. Cependant, par intervalles, on distinguait un bleu étincelant qui était trop bas pour être le ciel.

-Je me promenais comme chaque matin, reprit Izia, quand j’entendis des pleurs. Je m’approchai et découvrit une barque sur la plage. Je m’avançai vers elle et aperçus une fille que je ne connaissais pas, étendue dans ce petit bâteau. Elle se releva soudain, les yeux bouffis, la figure sale, son visage empreint d’un grand désespoir. Alors…

-Qui es-tu ? lui demandai-je très gentiment.

-Rella, princesse de la partie Ouest, fille du roi Taraison, me répondit-elle d’une voix fatiguée mais digne.

-Oh ! m’exclamai-je alors, mais moi… je… je suis la princesse Izia !

Nous nous regardâmes effrayées. J’étais pétrifiée et je crois qu’elle aussi !

-Mais pourquoi ? demanda Laura très surprise.

-La loi de nos anciens défend que les deux princesses se parlent, se voient ni même qu’elles sachent comment l’une comme l’autre sont faites. Et comme je ne la connaissais pas, je ne me suis pas rendue compte que j’enfreignais le règlement. Mais toutes deux avions terriblement peur que quelqu’un passe par là et nous voit ensemble car dans ce cas précis, nous aurions été condamnées à rester sur la Montagne des Soupirs à tout jamais !

-Mais c’est injuste ! s’écria Laurie, indignée, pourquoi cette stupide coutume ?

-Il y a des milliers d’années de cela, cette coutume n’existait pas. La princesse Morgan de l’Ouest et la princesse Abrina de l’Est s’entendaient à merveille, mais un jour, une dispute éclata entre elles, et cela se répercuta sur leur peuple respectif. Les Cumis soutenaient leur princesse, les Zouapé de même. Ce fut la première guerre d’Estrella. Les deux rois de l’époque décidèrent alors qu’à partir de ce jour, aucune des deux princesses ne devaient se connaître sous peine du supplice de la Montagne des Soupirs ! ! ! Il est vrai que depuis, nous n’avons plus eu de guerre ! Comprends-tu notre frayeur ?

-Si je comprends bien, répondit Laurie amèrement, parce que deux de vos ancètres ont fait une bêtise, il faut que vous aussi en souffriez ? Quelle étrange coutume ! Mais excuse moi, je ne vois pas bien mon rôle dans tout cela ?

-J’y viens, voilà…

Chapitre 4 : Amitié mortelle

Notre peur passée, Rella sortit de la barque et d’un commun accord, nous sommes allées nous cacher dans la forêt car personne n’y vient. Elle me raconta que la veille au soir, elle se promenait près de l’océan et qu’elle avait vu cette barque. Elle est montée à l’intérieur et, en regardant les étoiles, elle s’est endormie. Quand elle se réveilla, elle était sur cette plage et il faisait jour. Elle comprit que la marée montante avait du faire dériver l’embarcation et qu’elle s’était échouée chez les Cumis !

Ensuite, nous avons beaucoup discuté, de tout, de rien. Je lui ai confié mes joies, mes angoisses, elle aussi, etc, etc.

-Et alors demanda Laurie curieuse.

-Alors elle est repartie dans sa barque vers son palais. Cela t’étonne ? Mais tu sais, Magé ne fait que dix kilomètres de large, par contre sa longueur est impressionnante, le diamètre de la planète ! ! !

-Mais pourquoi dois-je t’aider à te faire une amie puisque apparemment Rella l’est déjà ?

-J’aimerais la revoir, mettre fin à cette coutume qui nous empêche de nous connaître et seule Imina peut m’aider ! Car si elle décide de mettre fin à cette règle, les Cumis et les Zouapé l’écouteront !

-Cette Imina n’est pas si méchante, elle aurait pu changer les lois comme elle voulait mais ne l’a pas fait ! En fait, elle a les pleins pouvoirs sur les deux peuples !

-Imina est détestable avec les Cumis et les Zouapé ; elle nous considère comme ses inférieurs. Par contre, elle est respectueuse des lois et ne fera jamais le moindre mal à la planète.

-Pfff ! C’est bien compliqué, soupira Laurie.

-Veux-tu m’aider ? demanda Izia fixant des yeux anxieux sur son amie.

-Bien sûr, répondit Laurie en faisant un sourire à Izia, quand vais-je aller voir cette charmante sorcière ?

-Ce soir, je t’y téléporterai, Rella sera avec moi.

-Elle est au courant ?

-Oui, nous avons tout combiné ensemble. Nous avons pris des risques en nous revoyant hier soir. C’était prévu, depuis qu’elle était repartie, lors de notre première rencontre, s’exclama Izia.

-Pourvu que ça marche ! Pour vous et… pour moi ! murmura Laurie.

Chapitre 5 : Imina

Le soir même, sur les bords du lac de Cumis, on pouvait distinguer trois ombres, groupées et emmitouflées dans des cagoules noires. Si l’on s’approchait un peu, quelques bribes de leur conversation venaient à nos oreilles.

-Ma servante est arrivée, Laurie s’est précipitée sous le lit et moi, j’ai pris un livre, racontait Izia.

-Et alors ? demanda Rella.

Eh bien, elle n’a rien vu, elle voulait me prévenir que le dîner était servi… Ouf ! Mais quelle peur ! s’exclama Izia.

Laurie, elle, riait de bon cœur avec les deux princesses mais elle était angoissée à l’idée de rencontrer la sorcière. De plus, les bords du lac Cumis étaient déserts, les habitations les plus proches étaient à dix kilomètres. Et le palais du roi Katoubon était à environ trente kilomètres ! Les trois filles étaient venues jusqu’au lac grâce à de petites voitures réservées aux jeunes de la planète. Ces voitures s’appelaient Oxborn et roulaient grâce à de l’essence de Catucla, une plante d’Estrella, elles ne polluaient pas et… volaient dans les airs ! Ce qui est étrange, c’est qu’il n’y avait jamais eu d’accidents. On disait à la voiture (ou avion en forme de voiture) : « Conduis moi au lac Cumis » et elle vous y emmenait sans que vous ayez rien à faire.

Pendant que les deux petites reines discutaient, Laurie, pour la première fois depuis son arrivée, les dévisagea. Izia était un peu plus petite qu’elle, les yeux marrons, les cheveux courts. Quand elle souriait, elle avait l’air de devenir plus sage, c’était sûrement le plissement de ses yeux qui donnait cette impression. Rella était aussi grande qu’elle, des cheveux longs, mi-taille, des yeux bleus, l’air toujours heureuse avec un petit rire coquin.

Laurie prit la parole :

-Izia, Rella, il faut que j’aille sur la montagne maintenant.

-Tu as raison, répondit Izia, mets-toi sur le bord du lac, là… oui. Maintenant, appelle Imina, elle t’y télétransportera. Bonne chance !

-Surtout, n’aie pas peur, dit Rella, Imina ne peut rien contre toi. A tout à l’heure… et merci !

-IMINA, cria Laurie. Un rayon lumineux l’éblouit comme la dernière fois. Izia et Rella virent disparaître cette fille aux longs cheveux dorés, aux yeux verts, qui avait ce sourire tellement franc et ce rire éclatant. Elles virent disparaître Laurie, la terrienne, avec un léger frisson d’angoisse.

Quand Laurie se réveilla, elle était à terre, parmi des fleurs magnifiques d’un rouge éclatant : les fruits Jourt ! Une longue prairie s’étendait, parsemée de ces plantes et, au bout, Laurie distingua de la lumière, une grotte et… Imina !

Celle-ci gesticulait dans tous les sens, très en colère. Laurie s’approcha prudemment. Au bout de dix minutes, elle faisait face à Imina.

-Qui es-tu pour venir ainsi jusqu’à moi, saine et sauve ? dit la sorcière d’une voix terrifiante.

-Je m’appelle Laurie, je suis terrienne et…

-Comment ! ! ! Une terrienne sur Estrella ! Qui t’y a téléportée ? s’eclama Imina hors d’elle.

-C’est Izia, mais c’est…

-Elle sera dénoncée et punie par moi, ma colère est très grande, elle a désobéi à la loi des anciens et je ne le…

-Imina, cria Laurie, écoute moi !

Interloquée, Imina posa de grands yeux étonnés sur Laurie. Jusqu’ici, personne n’avait encore osé lui couper la parole !

-Imina, je viens te demander une faveur, reprit Laurie. Depuis des siècles et des siècles, il existe une loi idiote concernant les deux princesses. Aujourd’hui, Izia et Rella désirent annuler cette règle. Or, toi seule, ô divine sorcière, peut exaucer leur demande. Elles m’ont envoyé comme messagère car tes pouvoirs n’ont aucun effet sur ma personne. Maintenant, quelle est ta réponse ?

-Tu es bien courageuse pour venir m’affronter, d’habitude ces imbéciles de Cumis et de Zouapé me craignent, mais toi non. Il est vrai que tu es terrienne mais Izia et Rzlla, elles, ne le sont pas !

Et sans que Laurie n’ait eu le temps de bouger, Imina leva la main, un éclair d’une intensité extraordinaire brilla l’espace d’une seconde et les deux princesses se retrouvèrent à ses côtés, encore toutes surprises de ce qui leur arrivait.

-Izia, Rella, votre vœu est très difficile à rendre réel, mais je vais essayer. Les deux rois m’écouteront et sûrement m’obéiront. Seulement, il y a une condition. J’élimine cette coutume mais en échange je veux aller vivre dans le palais du roi Katoubon l’été et dans celui du roi Taraison l’hiver.

-Pourquoi ? demanda Laurie.

-J’en ai assez d’être seule et puis, en étant plus près du peuple, je pourrai mieux gouverner… la planète !

-Mais… et nos pères ? essaya d’articuler Izia, horrifiée.

-Ah ! Ah ! Ah ! Et bien, ils gouverneront leur peuple, c’est suffisant.

-Mais tu as déjà le pouvoir que tu demandes, s’exclama Rella. Cela ne changera rien, à part que tu vivras à l’Est et à l’Ouest.

-Très juste mais je prendrai la place de la Reine, conseillant son mari, et il m’écoutera !

-Imina… et la mère de Rella ? murmura Laurie.

-Soualane, ce n’est pas la Reine, elle n’est qu’une mère, c’est tout, elle ne prend absolument pas part aux décisions importantes.

-J’ai compris, déclara Laurie, Imina, en fait, prend votre place. Plus tard, quand vos pères se retireront, c’est-à-dire dans sept ans, Imina restera et comme elle gouvernera seule pendant un an, en attendant votre 21e anniversaire, elle instituera une loi qui vous enlèvera le titre et les pouvoirs qui vous reviennent. Ainsi, elle pourra réaliser son rêve : devenir le maître de la planète. Cette histoire d’aller dans l’un et l’autre des palais, ce n’est que pour juger lequel sera le mieux en attendant son ascension finale : être Reine d’Estrella ! Et le palais qu’elle aura choisi deviendra la capitale de la planète !

-C’est affreux, s’écria Rella. Vous nous demandez en fait de choisir entre notre amitié ou notre peuple. C’est injuste, horrible, dégoûtant !

-Je sais ! Ce plan n’est-il pas diabolique ? Laissez vous tenter, vous n’aurez pas de responsabilités car moi seule dirigerai Estrella.

Un long silence se fit durant lequel Rella et Izia réfléchissaient, puis Izia éclata :

-Tu as fait disparaître ma mère, tu me demandes de trahir mon peuple… N’ai-je pas déjà assez payé le droit de pouvoir avoir une véritable amie ?

-Tu n’as rien payé du tout ! cria Imina puis dans un souffle murmura : Car ta mère… c’est moi !

Chapitre 6 : Le roi Katoubon et son secret

La stupeur s’empara des 3 filles. Imina, si méchante, sans cœur, mère d’Izia si gentille, si douce et si sensible. C’était impossible et impensable !

-Non ! cria Izia, c’est faux ! Ce ne peut être toi. Imina existait avant que ma mère disparaisse…

-Simple légende, rendue réalité à ma « soi-disant » disparition… L’histoire de la pauvre mère si gentille, laissant derrière elle un roi veuf et une petite fille orpheline, c’était trop touchant ! Et le plus drôle, c’est que la rumeur s’est répandue toute seule, sans que je ne m’en mêle ! Ah, ah, ah ! ! Le Roi, ton père, connaissait mon désir de pouvoir et il a essayé de m’en dissuader, mais j’avais un don du ciel, j’étais sorcière dotée de pouvoirs étranges mais puissants. Ton père sait toute la vérité mais ne t’inquiète pas, si je deviens Reine d’Estrella, je transformerai mon visage, mais… à quoi bon ? Puisque celui-là n’est pas le mien. La magie sert à beaucoup de choses, n’est-ce pas ? s’esclaffa la sorcière.

-Mais… quel est ton vrai visage ? sanglota Izia.

-Tu ne le sauras jamais, ma fille ! Jamais ! ricana Imina.

-Pourquoi es-tu si cruelle avec ta propre fille ? demanda Rella.

-Ma fille ? Une vulgaire Estrellane, non dotée de pouvoirs magiques, et bonne et « mignonne ». Elle me fait honte, ce n’est pas ma fille, juste une loque comme vous tous d’ailleurs !

-Comment peux-tu renier ton propre enfant ? s’indigna Laurie.

-Je suis sorcière, diabolique et sans cœur, ma mère était comme moi, mon père aussi. Bêtement, je me suis mariée avec un homme bon, ma fille ne pouvait être autrement. Pfff… Quelle idiotie ! Quant au roi, il a préféré tout te cacher pour t’éviter un choc ! s’exclama Imina.

Izia baissa la tête, elle cachait ses larmes et sa haine envers cette mère qu’elle avait toujours crue bonne. Il lui semblait qu’Imina piétinait sa mémoire. Pour elle, sa mère ne serait jamais cette sorcière. Sa « vraie » mère avait disparu, il y a 13 ans. Pourtant Imina avec ses cheveux blonds bouclés, ses yeux bleus verts et son sourire charmeur aurait pu être gentille, elle en était sûre. De plus, Izia avait toujours cru que la sorcière méprisait les Cumis et les Zouapé mais qu’elle ne leur aurait fait aucun mal. Elle avait la preuve du contraire.

-Assez de pitié et de larmes, reprit méchamment Imina. Que décidez-vous ?

La question était nette, précise, violente. La sorcière souriait d’une façon diabolique.

-Ne pourrais-tu pas nous laisser un ou deux jours pour réfléchir ? supplia Rella.

-Si vous voulez, mais pas plus. De toute façon, dans les deux cas, je suis gagnante. Si je fais le malheur de deux princesses, le peuple le ressentira plus tard, à leur 21e anniversaire, telle est la destinée de Rella et Izia. Ah, ah, ah ! reprit Imina.

Laurie ne put s’empêcher de frissonner en entendant ces paroles. Tout à coup, elle se retrouva sur le bord du lac Cumis avec Izia et Rella. Le jour se levait. Rella s’en retourna avec sa voiture avion, non sans avoir fixé l’endroit où elles se rencontreraient pour leur décision finale, dans deux jours. Laurie s’endormit le cœur lourd pour ses deux amies. Quel dilemme ! Cachée sous le lit d’Izia, elle espérait que tout s’arrangerait. Quant à la princesse de l’Est, elle désirait faire le meilleur des choix pour vaincre à tout jamais cette horrible femme, la sorcière de la Montagne des Soupirs.

Chapitre 7 : Amitié ou pouvoir ?

Deux jours étaient passés et Laurie, Izia et Rella se retrouvèrent sur le bord du lac Cumis, comme convenu.

-Alors, qu’avez-vous décidé ? souffla Laurie.

-Nous ne pouvons nous permettre de sacrifier nos peuples. Ce serait indigne de futures reines comme nous. Alors nous avons pris la décision de ne plus nous revoir, murmura Rella.

-Vous n’avez pas peur d’en vouloir plus tard aux Estrellans et de regretter votre choix ? demanda Laurie.

-Non. Ce ne sera pas leur faute mais celle d’Imina, l’abominable, déclara Izia.

-Il serait temps d’appeler la sorcière maintenant, elle doit nous attendre, dit Rella.

-Imina, nous sommes là ! cria Laurie.

Une seconde plus tard les trois filles faisaient face à la gardienne des fruits Jourt.

-Ah ! ah ! ah ! Vous voilà enfin ! Alors, quelle est votre décision ? triompha la sorcière.

-Nous ne nous reverrons plus, c’est bien ce que tu voulais, tu es contente, tu as gagné infâme Imina, articula Izia avec colère.

-Alors adieu et ne revenez plus sur mon territoire à partir d’aujourd’hui, s’écria Imina en levant les bras au ciel.

C’est alors que Laurie eut une idée lumineuse ! Son visage s’éclaira d’un sourire.

-Attends sorcière ! Il faut que je parle à mes amies. Leur décision n’est pas la bonne, je vais les convaincre de choisir l’autre.

-Si c’est ton désir, va, mais pas plus de 2 minutes. De toute façon, je règnerai grâce à vous princesses car vous m’en voudrez et cette haine se reportera sur vos peuples. Vous n’y pouvez rien car moi, Imina, l’ai décidé et on ne peut rien contre la magie, ricana la magicienne.

Le piège de la sorcière se resserrait. Ainsi cette horrible femme leur avait jeté un sort qui se manifesterait le jour de leur 21e anniversaire, le jour de leur prise de pouvoir !

-Que veux-tu nous dire, murmura Izia après s’être éloignée d’Imina.

-Chaque personne est vulnérable, même les sorcières. Je sais « son » point faible : elle est ta mère. Tu ne l’as jamais appelée Maman, essaie et tu verras. C’est à nous de triompher maintenant, déclara Laurie.

Rella regarda étonnée cette petite terrienne et enfin elle comprit pourquoi Izia avait fait appel à elle plutôt qu’à une autre. Laurie était rêveuse et donc imaginative. Tous ces évènements semblaient irréels et pour qu’une personne croit à l’existence d’une planète habitée, il fallait qu’elle ait une bonne dose d’imagination.

C’est alors qu’Izia s’approcha d’Imina :

-Nous avons décidé que cela ne se passerait pas comme ça…

-Quoi ! Tu veux que je me mette en colère, petite péronnelle ! Tu ne peux rien faire contre mon pouvoir, ni contre moi. Quoi que tu fasses, j’ai gagné et…

-Maman ! cria Izia.

La sorcière poussa un long cri, d’abord de rage, et qui se transforma en cri d’angoisse. Imina semblait diminuer et soudain une lueur émana d’elle. Les trois filles se couvrirent les yeux, aveuglées. Quand elles les rouvrirent, elles aperçurent un corbeau montant dans le ciel.

-C’est ainsi que finit le règne d’Imina, soupira Rella.

-Oui, il le fallait.. Cette sorcière, en fait, a tout mis en œuvre pour que sa fille ne l’aime pas, car il ne fallait pas qu’elle l’appelle maman. Est-ce qu’elle t’aimait ? On ne le saura jamais, déclara Laurie.

Au loin, on distinguait encore un petit point noir qui se confondait avec le soleil levant.

-Maman… murmura Izia. Il sembla à Laurie qu’elle essuyait une larme.

Chapitre 8 : La loi des deux princesses

Un peu plus tard, les trois filles étaient revenues en silence sur le bord de l’océan Magé. Personne n’osait prendre la parole pour poser la question qui leur brûlait les lèvres à toutes. Ce fut Rella qui rompit le doux murmure des vagues en prenant la parole :

-Et maintenant ? Qu’allons-nous faire ? Imina n’est plus là pour éliminer la loi des deux princesses, que va-t-on devenir ?

-Je ne sais pas Rella, peut-être va-t-il falloir nous résigner, comme les autres générations, soupira Izia.

-Mais non ! Ne vous laissez pas abattre ! J’ai une idée. C’est tout simple. Imina était la femme aux multiples visages d’accord ? Personne ne sait qui je suis… sauf vous, alors… dit Laurie mystérieusement.

-Alors, reprit Izia, tu nous sauves la vie encore une fois, en prenant la place de la sorcière. C’est une idée excellente !

-Je dirais même plus, chère amie, une excellente idée, s’écria Laurie.

Le jour même, Izia se rendit à la salle du trône pour parler à son père.

-Père, je suis désolée de vous déranger mais je dois vous demander quelque chose d’extrêmement important.

-Et bien, ma fille, je t’écoute ! En tant que future reine, tu as droit à la parole.

-Père, il faut réunir le Conseil Exceptionnel aujourd’hui même, c’est urgent. J’ai été appelée par la sorcière cette nuit et…

Le Roi avait pâli. Imina avait-elle trahi son secret ?

Izia remarqua l’inquiétude du monarque et en devina la raison.

-… et elle veut parler aux deux Rois, ainsi qu’aux conseillers. Les deux princesses devront être présentes, sans se voir bien sûr !

-Est-ce tout ce qu’elle t’a dit ?

-Oui père. Pourquoi ? Aurait-elle dû me faire savoir autre chose ? Sur ma mère disparue peut-être ?

-Non. Simple question… Et bien, que son désir soit exaucé !

La même scène, à quelque chose près, s’était passée chez le Roi Taraison et, dans l’après-midi, le Conseil Exceptionnel était réuni. Il avait lieu dans le palais Est car Imina vivait très près de cet endroit. Alors que tout le monde questionnait tout le monde sur la raison de cette réunion subite, Laurie fit son entrée, causant la stupéfaction parmi les membres du gouvernement Est et Ouest.

-Surpris messieurs ? demanda Laurie d’une voix digne et majestueuse. N’oubliez jamais que je suis sorcière et que mes pouvoirs me donnent l’avantage de me transformer en ce que je veux. Je ne veux pas que le peuple voit mon vrai visage, enfin celui que j’ai adopté dans la Montagne des Soupirs. Voilà ce que je souhaite, plutôt ce que j’ordonne : annuler la loi des deux princesses.

Après cette déclaration, un brouhaha s’éleva de tous les côtés de la salle.

-Silence !

La voix du Roi Taraison venait de retentir.

-Si toi, Imina, souhaite que cette règle soit supprimée, elle le sera, nous ne pouvons rien contre ta puissance. Mais dis-nous, pourquoi as-tu pris cette décision ?

-Je m’en vais, quelque part sur Estrella, personne ne saura où. Je désire la solitude la plus complète mais avant de partir, je voulais accomplir un acte dont on se souviendra encore dans deux siècles et j’ai choisi cette loi. N’ayez pas peur d’une autre guerre. Enseignez à votre peuple, à vos enfants que l’amitié et le pouvoir sont deux choses distinctes à ne pas mélanger. Sur ce, messieurs, je vous quitte à tout jamais !

A ce moment, à l’une des vitres du palais, on entendit un croassement aigu. Tout le monde se retourna. Un corbeau noir était à la fenêtre. Il s’enfuit presque aussitôt, juste après avoir lancé un coup d’œil reconnaissant à la « soi-disant » Imina.

Quand l’assemblée tourna la tête du côté de la « sorcière », celle-ci avait disparu. Dans le couloir devant la porte, Izia et Rella faisaient leurs adieux à Laurie.

-Merci, on ne t’oubliera jamais. Tiens… Izia détacha de son cou un collier rose. Prends le et pense à nous quelquefois. Ces pierres sont des amistes, elles sont rares sur Estrella, garde les, elles te porteront bonheur.

-Adieu Laurie, dit Rella. Tu es très gentille et généreuse. Je n’oublierai jamais la petite terrienne que tu es.

Laurie avait du mal à cacher son émoi.

-Izia, avant de partir, sache que ta mère n’est pas aussi méchnate qu’on le pensait. Tout à l’heure, elle m’a remercié à sa façon parce qu’en annulant cette règle, tout le monde se souviendra d’elle pendant longtemps encore, comme mystérieuse, bonne et diabolique à la fois. Adieu mes amies !

Izia fixa Laurie, une lumière jaillit et la petite provençale se retrouva sur Terre.

-Laurie, Laurie, te voilà, ça fait une heure que l’on te cherche !

-Maman ! s’exclama Laurie, toute étonnée de se retrouver chez elle. Je… je m’étais endormie derrière un buisson. Excuse moi.

-Décidément Laurie, tu seras toujours aussi rêveuse !

-Et bien, tant mieux, les rêves sont merveilleux, déclara Laurie, quand elle s’aperçut qu’elle tenait quelque chose dans la main : le collier d’amistes.

-La réalité aussi est fantastique, soupira Laurie.

-Tu sais, un grand téléscope a été mis au point. Les savants le font fonctionner en ce moment ; on l’a vu à la télé pendant que tu dormais… Peut-être va-t-on découvrir d’autres planètes ?

-J’espère pas, murmura Laurie, Estrella n’a pas besoin d’humains pour semer la panique…

-Qu’est-ce que tu disais ? demanda la mère.

Rien, rien, j’ai faim ! déclara Laurie.

Le soir, elle s’approcha de la fenêtre de sa chambre. Les étoiles étaient brillantes dans le ciel. Laurie pensait à Estrella, à cette planète qui se trouvait à des millions d’années-lumière de la Terre. Levant son collier vers le ciel, elle murmura : Izia, Rella, votre dilemme est terminé ! Et votre amitié commence.

1 commentaire:

Denis a dit…

J'ai bien aimé cette histoire.
Quelle imagination et quel style d'écriture !! Et tout ça à seulement 12 ans.
Je ne connais pas du tout l'auteur mais je lui dis bravo.