Visiblement, il est des endroits où les coeurs ne doivent pas être gravés. C'est ce que devait penser le photographe en regardant l'éclair zébrer l'espace, du ciel jusqu'à la mer. En une fraction de seconde, les nuages s'étaient accumulés en une masse compacte et agressive, d'un bleu sourd et pesant. La mer avait pris un aspect émeraude, froid et métallique.
Pour autant, le photographe n'avait pas peur. Il avait même installé tout son attirail pour immortaliser cet instant où le ciel semblait se déchirer par endroit. Un chien se tenait là, pas davantage affolé. L'homme ne l'avait jamais vu mais sa présence lui faisait du bien, il n'aurait pas su dire pourquoi. Le calme du chien, et le sien d'ailleurs, tranchait véritablement avec la violence des éclairs qui semblaient embraser ciel, terre et mer. L'homme était hypnotisé par le bleu du ciel, noyé de nuages bas. Il détourna son regard qui se posa alors sur le coeur qu'il venait de graver sur la pierre.
On eut dit qu'il pleurait mais ce n'était que les larmes de pluie déversées en abondance sur la colonne pierreuse. Le coeur semblait saigner de larmes translucides. L'homme se demanda s'il devait interpréter cela comme un signe ou s'il devait s'en détourner. Il choisit la seconde option et s'en retourna à ses photos. Il mitrailla tout ce que sa vue pouvait lui offrir. Ciel, terre, mer, eau de pluie, coeur saignant, chien placide, éclairs déchirés, vagues à l'agonie, colère bleue des éléments. Il lui semblait même pouvoir immortaliser le grondement du tonnerre puis les craquements de l'orage. A côté de lui, le coeur semblait dégouliner d'eau de pluie, tant et si bien que l'homme ne le distingua bientôt plus.
Le photographe resta là un très long moment, trempé jusqu'aux os, protégeant tant bien que mal son matériel, mais sans pouvoir se résoudre à arrêter de mitrailler le spectacle d'apocalypse qui s'offrait à lui. Puis il rentra enfin. Au bout de plusieurs heures. Lorsque les éclairs cessèrent et que le ciel s'entrouvrit enfin, laissant apparaître un soleil timide promenant ses rayons sur la mer émeraude. Le coeur, raviné par les pluies incessantes, ne ressemblait plus trop à rien. Plus à un coeur en tout cas.
L'homme s'en retourna donc. Le chien lui emboîta le pas, toujours placide et silencieux. Il lécha la main que lui tendit le photographe sans que l'on sache vraiment si ces deux-là allaient finir ensemble. Il arriva chez lui, appela l'ascenseur et monta ainsi jusqu'au troisième étage.
Une fois à l'intérieur de son 120 mètres carrés, il ne lui fallut pas longtemps pour constater que sa moitié avait plié bagage. Placards vides, bibelots volatilisés, petit mot laissé sur un coin de table... les indices ne manquaient pas.
Un autre coeur commença à saigner...
3 commentaires:
photo prise lors d'un passage eclair a Venise cet été. on est resté plus d'une heure a contempler un coucher de soleil electrique. on a dû voir pres de 30ou 40 eclairs. incroyable.
Passage éclair... c'est le cas de le dire !
Sublime photo en tout cas.
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