vendredi 24 juin 2011

L'art d'être heureux...


Difficile d'écrire ce billet. Parce qu'il renvoie à une lecture qui date déjà de quelques semaines. Mais je ne pouvais pas vraiment en parler avant puisqu'une amie a lu le même livre à quelques jours d'intervalle et que je ne pouvais pas lui gâcher le plaisir de lecture. Et que je suis meilleur "à chaud" qu'à froid.

Le livre en question s'intitule L'homme qui voulait être heureux, écrit par Laurent Gounelle. Tout un programme. Il m'avait été recommandé par une collègue du Greta lorsque je faisais ma formation en anglais (Il y a des restes d'ailleurs puisque j'ai d'abord écrit great avant de rectifier Greta). Vu le prix du bouquin (6 euros en pocket) et l'enthousiasme de la personne, je pouvais bien me laisser tenter.

Je l'ai quasiment lu d'une traite puis j'en ai racheté 4 exemplaires supplémentaires dont deux que j'ai offerts, un 3e pour Nath et un dernier que j'ai... stabiloté ! Oui, oui, vous avez bien lu. Moi, le maniaque des livres, triste à la moindre page cornée, j'ai gribouillé un exemplaire du livre, surlignant de nombreux passages qui m'avaient parlé plus que d'autres.

Rares sont les bouquins qui ont un tel effet sur moi. Avec la frustration qui va avec car, paradoxalement ce livre ne changera pas fondamentalement ma vie puisque, si le développement qui y est fait coule de source, sa mise en application me paraît impossible ou alors il faudrait se faire sacrément violence et changer bon nombre de nos comportements dont certains sont si ancrés en nous qu'il me paraît surréaliste d'y parvenir.

A ce stade de mon récit, il serait peut-être bon que j'en parle un peu plus de ce livre justement. Le point de départ est simple : un homme en vacances à Bali décide, sans trop savoir pourquoi, de rencontrer une sorte de guérisseur alors qu'il n'est apparemment pas malade. Maître Samtyang, le dit guérisseur, donne très vite son diagnostic : l'homme n'est pas malade mais est profondément malheureux. A partir de ce constat de départ, l'homme va devoir se livrer à une sorte d'introspection pour trouver les racines de ce mal-être jusqu'à remettre en cause certains fondamentaux de son existence.

Entre philosophie, psychologie et développement personnel, Laurent Gounelle navigue avec bonheur grâce à une écriture très accessible et des théories étayées d'exemples variés, tant et si bien que l'ensemble est d'une limpidité exemplaire. Après, libre à chacun d'adhérer ou pas mais le contenu du livre interpelle forcément et surtout fait du bien. Son format court permet aussi d'aller à l'essentiel.

L'ensemble des points abordés tourne autour de la perception que l'on a de soi et des autres, autant de croyances qui forgent notre réalité. Une perception des autres souvent faussée par la perception que l'on a de soi. Par exemple, nous focalisons sur nos défauts. Et du coup, nous incitons inconsciemment ceux qui nous entourent à ne voir qu'eux. Et à renforcer ainsi cette impression, ce déni de soi. Comme le dit l'auteur, "les autres ont tendance à nous voir comme l'on se voit soi-même". Et ajoute : "Quand on croit quelque chose sur soi, que ce soit en positif ou en négatif, on se comporte d'une manière qui reflète cette chose". Avant de conclure sa démonstration par cette petite phrase qui est peut-être l'essence même du livre : "Tout ce que vous vivez a pour origine ce que vous croyez".

A partir de ce postulat de départ, l'auteur réfute la notion de réalité puisqu'il s'agirait en fait d'un ensemble de croyances (pas au sens religieux du terme) que nous manipulerions "à notre guise" pour créer un monde à peu près en équilibre et qui nous rassurerait. Ces croyances ne sont pas la réalité sinon la nôtre.

Laurent Gounelle glisse ensuite sur un terrain un peu plus discutable, à mon sens, même si, fondamentalement, rien de vraiment nouveau. Il s'agit encore une fois de souligner le fort impact de nos croyances, au travers d'exemples médicaux. Ainsi certains patients qui prendraient des placebos en lieu et place de certains médicaments verraient leur état s'améliorer, jusqu'à la guérison complète parfois. Plus insidieux, dans le cadre d'une chimiothérapie, on sait que certains médicaments ont pour effet secondaire la chute de cheveux. Là encore, la prise de placebos aurait, dans bien des cas, le même effet pour peu que le patient soit convaincu d'avoir ingéré des médicaments dont les effets secondaires notoires seraient la perte des cheveux. L'auteur étaye ses exemples avec quelques pourcentages qui se veulent authentiques. Pourquoi pas ? Je suis d'un naturel sceptique mais bon... On sait tous que la façon que l'on a de se persuader de telle ou telle chose, dans la vie de tous les jours, influe réellement sur nos décisions, nos comportements et donc notre existence. Disons que c'est un chapitre du livre qui m'a interpellé mais pas totalement convaincu. Mais qui fait froid dans le dos quand même.

Le personnage principal du livre exprime ensuite ses doutes quant à sa capacité de mener à bien un projet qui lui tient à coeur. Sauf que ce projet reste flou. Et que les doutes viennent de là. L'auteur, via les mots de maître Samtyang, explique que plus un projet est flou, plus il nous semble abstrait... et donc irréalisable. C'est ce qu'il appelle une croyance limitante.

L'ouvrage insiste également beaucoup sur la notion nécessaire du sacrifice pour mener à bien sa barque : "renoncer à des choses auxquelles on tient pour aller vers ce que l'on a le plus à coeur".
Cela passe aussi par l'obligation de faire des choix alors que l'on tendrait surtout à éviter de devoir en faire. Mais si l'on aspire à un mode de vie, quel qu'il soit, ces choix sont nécessaires.
Maître Samtyang va d'ailleurs pousser son invité à faire un choix fort, un sacrifice et ce faisant s'imposera d'en faire un lui-même comme pour étayer son propos. Je ne vais pas gâcher le plaisir de la découverte ici pour ceux qui seraient tentés de se procurer le bouquin mais c'est un des meilleurs passages du livre et probablement le plus émouvant.

Plusieurs chapitres traitent de notre rapport aux autres, de cette notion de perception que j'évoquais au début. A un moment donné, le "guérisseur" confie une mission amusante à l'homme venu chercher des réponses : il doit demander des services à des gens autour de lui et obtenir des "non". Sauf que, contre toute attente, même dans des situations loufoques, tous les gens qu'il rencontre acceptent de l'aider. L'auteur explique qu'en effet "les personnes qui ont peur du rejet sont très loin de savoir qu'i est rare d'être repoussé par les autres" et que "c'est précisément lorsque l'on craint d'être rejeté que l'on finit par l'être". J'avoue que cela fait partie des points qui soulèvent un certain scepticisme chez moi, peut-être parce que je ne suis pas non plus un modèle d'altruisme. Et je n'ai pas non plus l'impression que les gens qui m'entourent se gênent pour me dire non quand ils en ont envie. Mais bon...

J'ai en revanche beaucoup apprécié l'aspect du confort matériel qu'il soulève dans plusieurs chapitres. Comment pouvait-il en être autrement, du fait de ma collectionnite aigüe ? En gros, le confort matériel n'apporte pas le bonheur et les gens riches ne sont pas plus heureux que les autres. Simplement, on le croit et c'est cette croyance qui nous fait envier les gens et nous rend malheureux.
Personnellement (mais je sais que certains de mes amis, à situation égale, ne partagent pas mon point de vue), je pense que l'argent (et dans une moindre mesure le confort matériel) apporte du bonheur, au moins celui de ne pas se soucier des problèmes d'argent en fin de mois. Je dirais même, mais ça n'engage que moi, que plus je vieillis, plus je considère que ceux qui ont de l'argent et ceux qui galèrent n'ont pas grand chose à faire ensemble. J'ai de plus en plus de mal à composer avec des amis ou des relations qui "ont les moyens" alors que paradoxalement, si j'étais riche moi-même, je placerais certes mon argent mais j'en dépenserais aussi une bonne partie, faisant partie de ceux qui refuseraient de mourir riche sans en avoir préalablement profité. Bref, je me comporterais comme ces amis. Pour autant, en attendant, j'ai l'impression que le gouffre se creuse, indépendamment de leur comportement. Difficile de partager de vrais bons moments avec des gens "aisés" si l'on traîne soi-même la patte. Ou si l'on a l'impression (ou la croyance) de traîner la patte, c'est selon. Bref, pour moi, je le dis tout de go : l'argent fait le bonheur (ou y contribue sacrément) et ce sont souvent ceux qui ne manquent de rien qui prétendent le contraire.

En revanche, l'auteur met le doigt sur une des limites du confort matériel et là, je ne peux que lui donner raison. Voilà ce qu'il dit : "cette croyance (que le confort matériel apporte le bonheur) rend malheureux puisqu'elle pousse les gens à une course sans fin ; on désire un objet (...) et l'on se met à croire que la possession de cet objet nous comblerait. On le convoite, on le veut, et finalement, si on en fait l'acquisition, on l'oublie très vite pour jeter son dévolu sur un autre qui, c'est sûr, nous comblera si on l'acquiert". Bon, là, je ne peux qu'adhérer, du fait de ma collectionnite. Je ne compte plus les coffrets DVD collector éditions limitées à acheter sur le champ avant qu'il n'y en ait plus et que je n'ai pas encore visionnés. Un exemple parmi d'autres.
L'auteur résume tout en une phrase : "Quel que soit le niveau matériel auquel on aspire, on désire plus dès qu'on l'a atteint".

Voilà en substance les points qui m'ont marqué dans cet ouvrage et les interprétations que j'ai pu en faire. Après, le livre a les défauts de ses qualités. Il est très facile à lire, très accessible, bourré d'exemples mais, en contrepartie on peut estimer que tout "coule de source" et qu'il y a donc une certaine évidence derrière toutes ces "révélations". Le personnage principal est probablement aussi un peu trop réceptif face à tout ce que lui raconte le guérisseur, il objecte rarement au final et certains propos (ou certaines situations) sont davantage démagos que réellement convaincants. Surtout, comme je le disais en introduction, il y a cette frustration de ne pas pouvoir réellement changer le cours de sa vie (ou de ses croyances) en fonction de ce que l'on apprend ici (ou de ce dont on prend conscience plutôt). Bref, c'est un ouvrage dont je sais pertinemment que je vais le relire encore et encore parce qu'il me fait du bien mais qui ne changera pas fondamentalement ma vie.

Merci à Edwige de m'avoir conseillé "L'homme qui voulait être heureux" de Laurent Gounelle. J'espère qu'elle aura l'occasion de passer par ici et de nous éclairer sur ses sentiments à la lecture de ce livre. Tout comme Cath.

Que cela n'empêche en rien les habitués de ce blog de passer par ici donner leur avis surtout !
Ou de se laisser tenter, qui sait ?





6 commentaires:

Réverbères a dit…

Et pourquoi "cette frustration de ne pas pouvoir réellement changer le cours de sa vie" ?

On peut toujours changer le cours de sa vie, non ? Je ne dis pas que c'est facile, mais on peut le faire. On en discutera…

franck a dit…

Attention : l'ensemble de la phrase est importante ! Je ne dis pas ne pas pouvoir changer le cours de ma vie, je dis que ce quel'on apprend (ou prend conscience) par la lecture du livre ne devrait pas changer ma vie parc que je ne pense pas qu'une "mise en application" soit vaiment possible du fait d'un fonctionnement individuel déjà bien ancré en nous. Mais oui, on pourra en reparler !

franck a dit…

(J'écris de chez Isa, sur un portable, je suis pas habitué et je saute quelques lettres parfois, sorry !)

Réverbères a dit…

À lire ta réponse, je maintiens mon commentaire ! Je ne dis pas qu'on peut "tout" changer… mais on peut toujours décider de changer quelque chose ! C'est ça, la liberté !

Bonjour à Isa !

Anonyme a dit…

J'ai lu ce livre dans le cadre d'une formation et j'ai appris, beaucoup appris.Je suis comme toi Franck, entre comprendre, prendre conscience et appliquer, il peut y avoir un monde.Cependant, je crois fondamentalement que cela dépend du moment où l'on lit le livre.Dans quelle dynamique on se trouve .Pour ma part, même s'il n'a pas changé fondamentalement ma façon d'être , le fait de me faire prendre conscience de certaines attitudes ou comportement m'aide au quotidien.En particulier le chapitre où le maitre ne juge pas le comportement de l'autre mais l'analyse avec du recul, le décrit comme un fait.Je trouve que c'est avoir une vision de l'autre plus pertinente non basée sur le jugement mais sur des constats.Une vision vers laquelle j'aimerai tendre même si j'en suis loin !!Ce livre m'aura révélé ce point, m'aura donné envie de l'atteindre.C'est déjà pas mal !!Vivement que tu finisses l'autre...

Isa.

Cath a dit…

Je suis assez d'accord avec la philosophie de vie qui y est développée. Il y a bien sûr des choses que l'on sait déjà. Mais l'exposé, de cette manière, est convaincant, la démonstration séduit et emporte l'adhésion. Les choix de vie à faire, en se dégageant des contraintes que vous fixent les autres, l'idée que chacun a ses croyances, sa petite philosophie qui guide sa vie et peut aussi le mener loin ou l'entraver, tout ça me parle bien, j'en suis assez convaincue. Peut-être que ça renforce ma manière de voir, en fait. Disons qu'il fait gagner du temps sur ce que l'on apprend par la vie.
Et je pense que ce bouquin, lu à des moments où l'on doute, où l'on hésite à avancer, peut être un formidable starter !
La manière d'apprendre les choses en les expérimentant est très intéressante. Elle incite à se dépasser, à ne se laisser arrêter par rien.
Comme dit Oscar Wilde : "Les folies sont les seules choses que l'on ne regrette jamais".
Je ne sais pas si c'est vraiment l'idée, mais il y a de ça.