Il est des personnes avec lesquelles, décidément, ça ne passe pas.Mais on s’accroche. Soit parce que l’on est intimement convaincu que ça en vaut la peine.
Soit aussi parce que ce n’est pas de bon ton de se brouiller avec ce type de personne, que ce soit un constat qui émane d’une réflexion personnelle ou d’un entourage qui penserait pour vous tout en vous voulant le plus grand bien.
On s’accroche mais un peu vainement, et ce dès le départ. Parce que, finalement, les années qui passent ne changent pas grand-chose. Les blessures enfouies, les non-dits, les récriminations ou autres frustrations finissent toujours par remonter à la surface.
Alors on s’en veut. De s’être accroché ou pire encore de l’avoir fait pour de mauvaises raisons (ou qui nous apparaissent comme telles). On voit les gens vieillir et peut-être nous semblent-ils, à tort visiblement, plus sympathiques. On essaie alors, quand on est tiraillé par des sentiments contraires entre un semblant d’amour consensuel et une forme de haine tenace, de ne garder en mémoire que les quelques bons moments tout en sachant pertinemment que les mauvais ne sont jamais loin et qu’ils affleurent à la surface, guettant la moindre occasion de se rappeler à votre bon souvenir.
La cave a été la première « vraie » nouvelle que j’ai rédigée. Ce n’était probablement pas un hasard. A croire que le traumatisme d’un enfant de 7 ou 8 ans, noyé dans le rejet et le mépris d’une famille agricole rustique, a laissé une plaie indélébile. Pas forcément celle que l’on pourrait croire, celle née de l’enfermement dans une pièce noire et humide. Mais celle plus insidieuse de l’enfant que l’on n’écoute pas, qui n’est pas pris au sérieux quand il se confie à la personne censée être la plus proche de lui. Un traumatisme que l’on édulcore, que l’on nierait presque. Un oncle et une tante que l’on dédouane forcément, y compris 30 ans après et auxquels on trouve sempiternellement toutes les circonstances atténuantes du monde. Et dont on se borne à vouloir en faire des personnes recommandables.
Trente ans après, rien n’a donc changé. On cherche à crever l’abcès, à avoir des réponses, à avoir un vrai dialogue entre adultes. Mais non décidément, rien ne change. Et certainement pas les œillères que certains se mettent pour amoindrir la portée de vos propos ou la force de votre détresse. Trente ans après, même dialogue de sourds, même négation des faits, même souffrance, même tentative de victimisation des coupables.
Alors à quoi bon épargner les gens sous le fallacieux prétexte de liens familiaux ? A quoi bon s’entendre dire que cela ne se fait pas ou que nous sommes redevables d’untel ou d’untel ? A quoi bon se donner l’apparence d’une famille comme les autres lorsque ce n’est définitivement pas le cas ?
Aujourd’hui, le divorce est consommé comme on dit et je sais définitivement que je vais tourner la page. Il ne s’agit même pas de se trouver un coupable ou de rejeter toutes les fautes sur une personne. Juste d’admettre que, tout simplement, entre deux personnes, il n’est plus possible de tracer un bout de route ensemble. Limiter la casse, quoi… Même si j’ai probablement sous-estimé la portée de ma rancœur.
Cela dit, ce n’est pas comme si je me retrouvais seul. J’ai une femme qui me montre tous les jours qu’elle est là. J’ai une famille aussi, la sienne, qui m’a adoptée et que j’ai parfois eu trop tendance à dénigrer, entre jalousie mal maîtrisée et incompréhension née d’une attention à laquelle je ne suis pas habitué et que j’ai trop souvent interprété comme une volonté d’intrusion.
Je vais donc essayer de me concentrer sur ce qui me paraît essentiel. Pas certain que j’y parvienne. Mais essayer d’aller vers ceux qui me témoignent une certaine forme d’amour sans chercher à me protéger systématiquement devrait déjà m’apporter une certaine sérénité. Essayer aussi, mais ça promet d’être ardu, de remiser ma sensibilité à fleur de peau qui n’en finit plus de me ronger pour un oui, pour un non.
Bien sûr, ce ne sont que des souhaits (une infime partie de ce que je devrais faire pour reprendre ma vie personnelle en main). Je me connais trop bien pour émettre des pronostics, encore moins des promesses. Mais j’aspire vraiment à une certaine sérénité. A moi d’œuvrer en ce sens. Je ne m'en sens pas si loin.
Comme d’habitude, j’ai hésité à pondre ce billet. Et comme d’habitude, je m’y suis résolu tout en sachant que c’était inéluctable. A croire que je ne sais pas garder certaines choses pour moi. Ou qu’il fallait vraiment que ça sorte. Surtout, ne vous prenez pas le chou avec mes petits tracas somme toute assez insignifiants.
C’est juste une page qui se tourne…
3 commentaires:
Tourne-la bien alors !
Et laisse ouvertes toutes les autres !
Quelquefois, on sent qu'une relation n'est pas bonne, qu'elle ne nous fait pas de bien.
Il y a un âge où l'on se dit que ça ne vaut pas la peine de s'y contraindre, et qu'on a mieux à faire dans sa vie !
Il me semble que ça m'est venu plus tard, moi : tu ne serais pas en train de prendre un coup de vieux ? (rire)
Bises.
La famille n'est toujours celle du sang.Tu as la famille de coeur, les proches qui sont attentifs à toi, à ta vie.Ceux qui sont là lors des coups durs que la vie sait si bien nous assener...Ceux là deviennent ta famille, ceux qui comptent.
Ce chemin que tu racontes, je le trace en ce moment... sans regrets.
Isa.
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