C'est mon ami François-Marie alias Réverbères qui m'aura appris la triste nouvelle : Tibet, le dessinateur entre autres de Ric Hochet nous a quitté la nuit dernière des suites d'un malaise foudroyant alors qu'il regardait paisiblement la télévision chez lui.
.

Pour moi, Tibet est intimement lié à Ric Hochet, d'autant que je ne connais pas, sinon de nom, son autre "gros bébé", Chick Bill. Je possède donc les 76 tomes de cette série fleuve à laquelle j'avais déjà consacré un sujet ici. Certes, on ne peut pas avoir une telle longévité sans une production forcément inégale et il est clair pour moi que la qualité d'ensemble avait sensiblement baissé depuis une bonne vingtaine de tomes, hormis quelques perles qui nous rappelaient les plus belles heures du journaliste enquêteur de La Rafale. Mais il y avait un signe qui ne trompe pas : l'attente du nouvel album sur lequel je me jetais dès les premiers jours de parution. C'était systématique. J'avais beau craindre d'être déçu, il aurait été inconcevable pour moi de ne manquer ne serait-ce qu'un seul tome. Le plaisir de retrouver Ric Hochet et tout son univers, du commissaire Bourdon à l'ennemi de toujours Le Bourreau, était plus fort que tout. Après il fallait composer avec quelques invraisemblances du pourtant génialissime scénariste André-Paul Duchâteau ou un dessin parfois moins inspiré (et surtout moins en phase avec certaines réalités de notre époque ou comment dessiner un ordinateur digne de ce nom) mais la mayonnaise prenait toujours.

Ainsi, si le dernier album "Dernier duel" m'avait intimement déçu dans le traitement de son intrigue et notamment dans sa façon d'expédier la mort de deux personnages pourtant clés, je savais en le refermant que le 77 serait attendu avec impatience (prévu en mars d'ailleurs).
Ric Hochet m'aura accompagné un sacré bout de temps même si je l'ai forcément pris "en cours de route" puisque la série a fêté ses 50 ans en 2005. Mais j'ai rattrappé mon retard depuis, me délectant de ces affaires policières où le nom du coupable n'apparaissait que dans les toutes dernières pages. Les premières aventures sont plutôt inspirés des films de gangsters de l'époque, âge d'or de la série pour certains. Pour ma part, je préfère la période englobant les tomes 20 à 50 où l'aspect mystère parfois mêlé d'un soupçon de paranormal fait des merveilles. Passé le tome 50, la magie opère toujours mais les ficelles se font plus grosses et le mécanisme se grippe un peu. Mais qu'importe ! Le plaisir de la découverte était tel que ça valait bien quelques déceptions. Et puis, il y en aura eu tellement de si bons crus tout au long de ces 76 tomes qu'il serait malvenu de faire la fine bouche. D'ailleurs, si les auteurs avaient décidé d'arrêter la série, je pense que la déception aurait été bien plus grande que celle née de quelques histoires moins inspirées.

Je n'ai rencontré Tibet qu'une fois, ce devait être en 2001 puisqu'il me semble bien que c'était le jour de ses 70 ans où il était l'invité d'honneur du festival BD de Bassillac, près de Périgueux. Comme d'habitude, je devais être tétanisé (du genre comment lui dire toute l'admiration que j'avais pour lui, combien Ric Hochet m'avait accompagné depuis l'enfance...) et je lui avais juste balbutié un timide Bon anniversaire alors que visiblement il n'était pas friand de tout ce qui pouvait lui rappeler son âge. Cela dit, il avait été très correct, me faisant même 2 dédicaces, l'une sur l'album BD Meurtres que je trouvais de circonstance et l'autre sur la superbe monographie qu'a consacré Patrick Gaumer à Tibet intitulée La fureur de rire et que je vous recommande chaudement tant l'ouvrage est magnifique et riche d'enseignements.
Déjà, voir Tibet sur un salon BD était plutôt rare, donc j'aurai au moins eu cette chance de rencontrer l'artiste, même si brièvement ou maladroitement. Ca restera une bien belle journée pour moi !

Hormis Ric Hochet et donc Chick Bill (dont je ne peux malheureusement pas vous dire grand chose, si ce n'est qu'on en est au tome 70 à paraître ce mois-ci et que Tibet y a la double casquette de scénariste dessinateur), je dois quand même dire quelques mots de sa dernière série Aldo Rémy, l'homme à tout faire. Deux tomes sont parus et, indépendamment du décès de Tibet, qui était là aussi scénariste et dessinateur, je ne suis pas persuadé qu'un troisième ait été en préparation (rien d'annoncé en tout cas chez Glénat). Je ne pense pas que cette volonté de Tibet de créer une nouvelle série ait été couronnée de succès. Au départ, l'idée de Tibet était de "s'émanciper" de son complice Duchâteau pour créer une série qui se voulait plus sombre et où l'auteur dessinateur pourrait se lâcher à loisir. Mais le résultat est laborieux et prête à sourire. Les clichés sont légions (le langage "djeun") et le dessin de Tibet manque cruellement de réalisme notamment lorsqu'il tente de pimenter son récit de quelques scènes dénudées. Mais la série est, à mon sens, à découvrir. Pour la volonté louable de son auteur de se faire plaisir. Pour les admirateurs de son trait qui ne seront nullement dépaysés (et qui paradoxalement constitue peut-être l'écueil principal de la série).
.
Aujourd'hui, Tibet a tiré sa révérence et le passionné de BD que je suis est triste. J'ai choisi néanmoins de produire un billet nuancé, aussi fidèle que possible sur mon ressenti sur les séries (et leurs évolutions) de ce grand grand monsieur de la BD. Ric Hochet est probablement, malgré les défauts inhérents à sa longévité, la série qui m'aura le plus tenu en haleine ou qui m'aura, plus simplement, procuré le plus de plaisir. Ce n'est pas pour rien que je possède les 76 tomes et que je guette impatiemment ce qui devrait être l'ultime volume apparemment très justement titré "Ici 77". Après, il y aura un vide. Immense sans aucun doute. Et la prise de conscience qui va avec d'avoir perdu un des tous meilleurs. Car pour l'instant, je ne réalise pas encore. Ou pas trop.
.
Et pourtant, c'est tout un pan de ma culture BD qui s'en va avec Tibet. Alors merci pour les innombrables bons moments et bon vent l'artiste !

2 commentaires:
Eh oui, Franck, j'ai tout de suite pensé à toi quand j'ai appris le décès de Tibet. Je sais que tu en es fan. Je n'oublie pas non plus la fresque murale de Ric Hochet que nous avions découverte lors de notre promenade BD dans Bruxelles. Tout un symbole...et de bons souvenirs.
Tout pareil…
Enregistrer un commentaire