
J'avais au départ prévu de mettre ce message dans la partie "coup de coeur BD" mais on ne peut plus vraiment parler de coup de coeur. Et pour cause, je parle enfin de cette série alors qu'elle s'essouffle vraiment du haut de ses 76 tomes.
Sauf que, malgré ses défauts récurrents (et de plus en plus difficilement supportables), Ric Hochet est probablement l'une de mes séries préférées. Il faut dire que je la lis assidûment depuis de très nombreuses années. Et si son âge d'or est très clairement révolu, la magie de retrouver les personnages, voire de croire à un scénario de haut vol, me fait acheter le tome suivant à coup sûr. Je me suis procuré jeudi le tome 76 (Dernier duel). Dire que je n'ai pas aimé serait un euphémisme. Et pourtant, je sais que je prendrai le numéro 77 dès sa parution en janvier 2010.
Ric Hochet a fêté ses 50 ans en 2005. A l'époque, c'est sous forme de courtes énigmes policières qu'il apparait, en présence du commissaire Bourdon, lui-même très librement inspiré du commissaire Maigret ou de l'inspecteur Bourrel. Au départ simple vendeur de journaux à la criée, Ric Hochet va très vite devenir journaliste-détective, avec un goût très prononcé pour les aventures tarabiscotées.
Le premier album apparait en 63, même si la série paraît déjà dans Le journal de Tintin. Les 20 ou 30 premiers albums sont jubilatoires car, sous couvert d'enquêtes policières, ils privilégient une ambiance très film de gangsters, avec son lot de petites frappes, de machinations, d'évasions spectaculaires. D'ailleurs Tibet, le dessinateur, n'hésite pas à se laisser aller à quelques caricatures bien senties comme quand un des malfrats prend les traits, exemple parmi tant d'autres, de Michel Constantin, éternel second couteau et grande gueule du cinéma estampillé Lautner par exemple.
La série suit son époque et se modernise donc progressivement. André-Paul Duchâteau, le scénariste et brillant auteur d'innombrables polars, crée alors des histoires parfois un peu moins dynamiques mais toujours très bien troussées où le côté enquête prend le pas sur l'action effrénée des premiers tomes. Il développe alors les personnages secondaires qui n'échappent certes pas aux stéréotypes (le physicien imbu de sa personne et méprisant toute autorité, le flic qui veut devenir calife à la place du calife, le journaliste raté qui donnerait de l'urticaire au héros etc.) mais qui densifient un peu plus les histoires. Par contre, règle immuable à l'ensemble des 76 tomes, le coupable (ou le cerveau) ne se dévoile qu'aux toutes dernières pages. Et lorsque le grand méchant de l'histoire est connu avant (notamment lorsqu'il s'agit du Bourreau, ennemi juré et donc récurrent de Ric Hochet), il y a toujours une trahison mise à jour, un traître à démasquer.
Bref, la mécanique est bien huilée. Jusqu'au tome 50 en tout cas. Après, les choses se gâtent. Il y a certes quelques fulgurances, des albums qui sortent du lot mais la qualité est indiscutablement en perte de vitesse. La faute à des scénarios prévisibles, aux rebondissements et aux effets de surprise qui 'ne sont plus. Le dessin devient pathétique, voire dépassé. Quand on veut se borner à écrire des scénarios "high tech" et que l'on ne sait pas dessiner un écran PC (ou Mac pour mon ami François-Marie), ça la fout mal. C'est vrai que les artistes ne sont plus jeunes (un peu plus de 80 ans pour l'un, un peu moins pour l'autre) et on ne peut pas nier, sans manque de respect aucun, que le poids des ans commence à sérieusement handicaper la série.

Le pire concerne probablement (mais c'est un avis personnel) ce tome 76 sorti jeudi et intitulé Dernier Duel. Attention, s'il y a des fans, merci de ne pas lire ce paragraphe (nombreux spoilers).
Comme son nom l'indique (aucun effet de surprise à attendre donc), il s'agit bien de l'ultime confrontation entre Ric Hochet et son ennemi de toujours Le Bourreau (schéma scénaristique tellement prévisible qu'il apparait heureusement avant la fin de l'histoire). Il y avait tout pour faire un album indispensable. Malheureusement, le dernier duel ne tient pas ses promesses. Dès la couverture, c'est le cauchemar. Ce n'est pas possible de faire des couvertures d'album comme celle-là ! Tibet ne dessine que les personnages mais il a avec lui un dessinateur qui s'occupe de tous les décors. Où était-il bon sang ?! Le scénario est trop quelconque, voire expédié, pour donner à cet affrontement toute l'intensité dramatique qu'il aurait mérité. Le Bourreau meurt donc, dans une indifférence quasi-générale (Il faut aussi dire que le dessin de Tibet montrant le Bourreau, mort, les yeux écarquillés, ferait plutôt marrer qu'autre chose, un comble ! ). Le scénariste a tout de même voulu faire une victime collatérale. Ce sera l'un des tous meilleurs amis de Ric Hochet. Mais là encore, aucune émotion, un sacrifice vain, une sortie manquée. Il y avait tellement matière à. Un vrai gâchis.
Et pourtant, je ne manquerai sous aucun prétexte le numéro 77. Le besoin d'y croire, sans doute.
Cela dit, ne vous méprenez pas, la série est une série franco-belge incontournable. D'ailleurs sa longévité va dans ce sens, même si ce serait plus un handicap aujourd'hui. Si vous découvrez, privilégiez les 50 premiers volumes, les 25 premiers pour une ambiance plus portée sur l'action et les films de gangsters, ou les 25 suivants pour un côté policier et énigme plus prononcé.
Allez, je vais relire ce foutu 76eme tome. Un miracle aura peut-être lieu...
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