
Et je ne vais pas m'en plaindre, tant cet auteur interprète comédien acteur écrivain sait tout faire, à un point que ça en deviendrait presque énervant si ce n'était pas aussi jubilatoire.
Après "Collection particulière", premier album suivi d'un spectacle en compagnie de son complice Reinhardt Wagner (et qui a fait l'objet d'une excellente captation en DVD), François Morel récidive ces jours-ci en sortant "Le soir, des lions" où on retrouve tout ce qui avait fait le charme du précédent opus : poésie, regard décalé et sens de l'absurde, gravité aussi pour un résultat globalement très satisfaisant. Nath et moi, on l'a adopté en tout cas ce deuxième album.
Il n'y a plus qu'à espérer que le spectacle d'ores et déjà prévu fera l'objet d'une future sortie DVD. Car François Morel est avant tout un homme de scène. A ce titre, la pièce "Collection particulière" tirée de son album du même nom était jubilatoire à plus d'un titre, d'une part parce que François Morel donnait libre cours à ses talents de chanteur, mais aussi parce que les intermèdes entre chaque titre donnaient lieu à des joutes complices entre lui et son pianiste, voire à des interventions décalées dont il a le secret.
Il faut dire que François Morel a été à bonne école. On ne peut pas revenir, même brièvement, sur son parcours sans évoquer la cultissime série "Les Deschiens" que l'on a adoré aimer ou détester, c'est selon. Pour ma part, j'ai toujours trouvé "Les Deschiens" jouissifs, peut-être parce que tous les travers, plus ou moins exagérément caricaturés, y étaient représentés. Il faut aussi reconnaitre que si François Morel était souvent très bien entouré par des acteurs au diapason (Philippe Duquesne, Olivier Saladin ou encore Bruno Lochet en tête), c'est véritablement lui qui était l'âme des Deschiens. Et on oublie trop souvent à mon sens la prouesse que cela représente d'un point de vue artistique que de faire rire, d'autant que le spectacle était aussi visuel (mimiques, gestes) que remarquablement écrit.
Quand il n'est pas sur scène ou quand il ne pousse pas la chansonnette avec le talent qui est le sien, il ne dédaigne pas tourner pour le cinéma, même si je le connais assez peu à ce niveau là, excepté dans "Le bonheur est dans le pré". Sa filmographie est même plutôt conséquente.
Et puis François Morel écrit. Beaucoup. Souvent. Après tout, il est diplômé en Lettres et ce n'est pas anodin. Ses talents littéraires font merveille lors de ses interventions quotidiennes en radio (Oui, oui, il fait ça aussi...). Régulièrement, il publie des livres, toujours empreints de la même poésie, d'un sens de l'absurde et des situations décalées qui le rendent finalement immédiatement identifiable. Dernier coup de coeur en date en ce qui me concerne : "Bien des choses" aux éditions Futuropolis, qui est en fait une adaptation d'une pièce qu'il avait précédemment écrite (et jouée) pour le théâtre.
François Morel se replonge alors avec délectation dans le monde des cartes postales, telles que l'on se les envoyait à l'époque pas si lointaine où Internet n'existait pas ou si peu. C'est un ouvrage que je ne saurais que trop vous conseiller d'autant qu'il est illustré par Pascal Rabaté. Je ne résiste pas à l'envie de vous proposer quelques morceaux choisis :
Chère Madame Brochon,
Nous sommes à l'aéroport de Roissy (...) J'ai oublié dans la précipitation du départ de renvoyer le dernier bulletin du concours de mots fléchés. Tout est sur la table de la cuisine. Voulez-vous bien le poster en allant arroser les plantes ? D'avance merci et aussi pour votre aide précieuse : "Transpire en trois lettres", c'était bien "sue".
Madame Rouchon
Suivi de :
Aéroport de Sofia
Chers monsieur et madame Brochon,
Roger vient de me mettre le doute dans mon esprit. Il me dit que "sue", en général, c'est "l'homme aux mystères". Je lui ai dit que ce n'était pas incompatible, puisque quand on vit une situation mystérieuse, il me semble qu'il est normal de transpirer... Je ne sais plus quoi penser...
Madame Rouchon
Allez, deux, trois derniers pour la route :
Toute la journée, j'étais contente. Robert était tout gai.En nettoyant la voiture, il n'arrêtait pas de siffler "J'ai fait l'amour avec la mer, j'ai fait l'amour avec la mer..."
Ce soir, si je fais le bilan de la journée, je constate que j'ai fait les courses avec la belle-soeur, les pâtes avec le pistou, la chambre avec l'aspirateur, le dîner avec les restes. Quant à l'amour, je ne l'ai fait ni avec la mer, ni avec le père, ni avec personne.
Janine
Chère Janine,
Hier Roger m'a dit "Et si on faisait Pondi, chérie...". J'ai tout de suite dit oui. C'est si rare qu'il me parle un peu tendrement...
Madeleine
Chers monsieur et madame Rouchon,
Aujourd'hui, nous profitons d'une belle journée de farniente pour écrire nos cartes postales. Une excursion a été organisée pour aller voir le pain de sucre, mais avec le diabète de Robert, nous avons jugé plus raisonnable de rester à l'hôtel.
Monsieur et madame Brochon
Oui, François Morel est sur tous les fronts. Mais quel plaisir... A partager bien évidemment...
2 commentaires:
Je n'ai pas suivi François Morel partout, (sauf dans Le Bonheur est dans le pré) mais les cartes postales, quelle trouvaille ! Merci pour la découverte et cette tranche de bonne humeur !
... surtout l'histoire du pain de sucre ! Elle m'a bien fait rire ! :)
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