jeudi 17 mars 2011

Pensées pour le Japon...


On a beau dire que le monde ne doit pas s'arrêter de tourner pour autant, que la vie continue avec ses petits travers et ses moments de joie, pas facile de ne pas être interpellé (le mot est bien faible) par l'ampleur du drame qui se joue au Japon.

Du coup, je ne me voyais pas, en guise de mise à jour de ce blog, vous refaire un speech sur ma collectionnite aiguë (même si je viens juste de laisser filer entre mes doigts l'ouvrage sur Jean Frisano que j'évoquais dans mon précédent billet). Je ne me voyais pas davantage vous parler, mais ce sera sûrement pour plus tard, de la "claque" que j'ai prise en regardant "Les petits mouchoirs" de Guillaume Canet. Pas plus que je n'avais envie de faire un point sur ma santé ou de maugréer du fait de ne pas avoir été retenu pour un stage intensif de deux mois en anglais.

Le Japon vit une catastrophe sans précédent. On parle beaucoup du risque nucléaire qui ne cesserait d'empirer et de la difficulté des équipes sur place à refroidir les réacteurs. Des équipes probablement sacrifiées pour tenter d'enrayer le spectre d'une catastrophe sans commune mesure avec ce qui existe déjà si l'une des centrales venait à exploser. Bien évidemment, comme on ne se refait pas dans une société capitaliste, on commence à s'inquiéter des incidences économiques sur des pays occidentaux comme la France. Les politiques prévisibles font de la récupération en s'insurgeant contre un mal dont la dangerosité était pourtant bien connue mais dont il n'est pas dit que nous pourrions faire sans. Allez, soyons honnête : oui, le nucléaire est une saloperie. S'en passer pour autant ? Je ne le crois pas. Pas face à l'explosion démographique qui voit la population s'accroître de milliard en milliard en un temps record. Pas face aux balbutiements des énergies dites écolo comme les éoliennes qui restent bien trop localisées pour fournir l'énergie nécessaire au bon fonctionnement de l'humanité. Et bien évidemment, pas face aux enjeux économiques qui dépassent la plupart d'entre nous mais qui intéressent au plus haut point ceux qui nous gouvernent.

Finalement, même si la comparaison est terrible et je m'en excuse d'ors et déjà auprès de vous, le nucléaire est aussi "fiable" au niveau énergie que l'avion au niveau des transports. Les incidents sont rarissimes, l'accent mis sur la sécurité est optimal, mais il suffit d'un raté et c'est la catastrophe. Dans le cadre du nucléaire, cela prend évidemment des proportions incommensurables. Alors oui, c'est une saloperie. Oui, toute la politique énergétique serait peut-être à revoir. Mais pour le reste, il faudrait deux poids, deux mesures.

Alors il est de bon ton de chercher des responsables, des têtes à faire tomber. Le nucléaire a bon dos mais dans ce cas précis, c'est simplement la nature qui a repris ses droits. Que faire face à la violence de tremblements de terre dévastateurs ? A la puissance des flots engendrés par un tsunami ? Le Japon jouit de protections maximales (bâtiments anti-sismiques, sécurités maximales dans les centrales et qui, du reste, ont parfaitement fonctionné) mais au bout d'un moment, il n'y a plus rien à faire contre les éléments déchaînés.

La psychose du nucléaire et la réalité de sa dangerosité ne doit pas faire oublier que le Japon a déjà tout perdu. Certes, un accident nucléaire de grande ampleur serait une catastrophe humaine sans précédent et il faut absolument se convaincre que les autorités japonaises vont réussir à enrayer le processus de risque de fusion nucléaire. Mais il ne faudra pas pour autant se dire que le Japon a évité le pire si le danger est finalement écarté. Car le puissant séisme et les tsunamis qui en ont découlé auront changé à jamais la face de ce pays.

Tant de morts sous les décombres, tant de familles endeuillées qui ont tout perdu, tant de vie anéanties en quelques minutes. Tant de peur, de souffrance, de peine, de colère. Et tant de dignité pourtant. Et des survivants qui s'accrochent à la vie alors qu'ils n'ont plus de famille, plus d'amis, plus de maison. Plus rien. Et qui doivent pourtant se convaincre de l'existence d'un possible avenir meilleur. Malgré la menace ultime au dessus de leur tête.

La nature humaine ne changera pourtant pas. Sous prétexte d'informer, les chaînes françaises (et internationales d'ailleurs) nous abreuvent d'images choc où la vie de ces pauvres gens est livrée en pâture. La situation est déjà alarmiste mais pas de problème, il y a toujours moyen de vous en montrer davantage, d'exhiber un peu plus de douleurs, de montrer un peu plus de personnes hagardes errant parmi les décombres de ce que fut leur vie. L'information a bon dos finalement. Mais concrètement que fait-on ? Que pourrait-on faire d'ailleurs ?

Alors, on regarde. Pas très fier. On regarde et on a peur. Pour eux. Pour nous. On a peur de ce monde qui fout le camp. De ces catastrophes qui ne sont plus isolées mais qui tentent malheureusement à devenir quelque chose de récurrent, sous diverses formes aux quatre coins du globe.

On regarde le Japon pleurer ses morts passés et à venir. Notre planète dégueuler la politique mondiale environnementale et prendre sa revanche. La peur nous envahir tous sans exception.

Le pire serait-il à venir ?

2 commentaires:

Cath a dit…

Tu résumes bien je crois, l'émotion qui nous étreint devant ces images et nouvelles du Japon, pays habituellement si organisé, et où l'ampleur d'un tremblement de terre et d'un tsunami, malgre toutes les précautions technologiques prises, est si dévastatrice. Que de morts, de blessés, de réfugiés sans abri, sans famille, qui ont tout perdu. Que de destructions, quel chaos inimaginable. Que de souffrance derrière la pudeur, le courage, la dignité. Le Japon, c'est loin habituellement, à l'autre bout du monde, mais tout-à-coup, là, et à l'échelle de l'univers, c'est la porte à coté, ce sont nos voisins nos cousins, impossible de rester insensible.
Et comme si tremblement de terre et tsunami n'y suffisaient pas, une catastrophe nucléaire se produit, distillant son poison et ses incertitudes, heure par heure, au fil du combat des hommes au péril de leur santé, de leur vie.
Bien sur, cela relance le débat et les interrogations sur le nucléaire, si riche de bienfaits quand tout va bien, et si terriblement grave dès qu'un accident arrive. Pas plus que personne, je n'ai de solution. Notre société touche arrive là aux limites de ses contradictions. Aucune entreprise humaine n'est infaillible, aucune n'est plus forte que la nature. La leçon se paie un lourd tribut cette fois...

Anonyme a dit…

Je ne parlerais pas de la tristesse et l'émotion qui nous ont tous envahi lorsque nous avons regardé l'avalanche d'images concernant le Japon.Tant d'images que cela en paraissait irréel.L'inquiétude qui nous a envahi aussi car nous avons des amis au Japon, la famille de notre belle soeur.
Je parlerais juste du nucléaire et de me dire en écoutant, en lisant que les gouvernements ont réussi leur coup.Faire croire qu'on ne peut plus faire sans. Pourtant des pays comme L'allemagne s'en sorte petit à petit.Je ne dis pas qu'on peut tout arrêter du jour au lendemain mais qu'il existe des alternatives.L'entrée de la France dans le nucléaire a commencé en 79.Aucune volonté d'en sortir n'a été noté jusque là.Surtout parce que c'est un 'savoir faire français' à exporter.Alors je dis NON à ce fatalisme face à cette source d'énergie.D'autres moyens sont là tout comme le pétrole n'est pas indispensable.Seulement les lobbying existent et pourrisent ce que l'on appelle l'humanité.
Bises,

Isa.