
Depuis quelques jours, une famille d'accueil de Condom dans le Gers fait parler d'elle. Le Conseil général a décidé de leur retirer la garde de la petite Cindy, cinq ans, dont ils s'occupaient depuis quasiment sa naissance.
Il est reproché à la famille d'accueil son trop grand attachement à la fillette. Résultat : l'enfant a été confiée à une autre famille, d'une manière un peu abrupte si on en juge les réactions de Séverine et François Boyer qui considéraient l'enfant comme leur fille.
Pourtant, si je suis bien persuadé que l'enfant ne manquait de rien en leur compagnie et qu'il est assez curieux finalement de pénaliser une famille sous prétexte qu'une enfant de cinq ans leur serait trop attachée, il est des choses qui me laissent un peu perplexes.
La famille d'accueil a décidé de porter plainte et de traîner l'affaire devant les tribunaux. Il a même été dit qu'ils auraient entamé une procédure d'adoption quelque temps avant que Cindy leur soit retirée (Je mets ici le conditionnel puisque cette information est sujette à caution et que, de plus, le père biologique de l'enfant aurait reconnu sa fille en 2009, ce qui la rendrait, aux dires du Conseil Général, "non adoptable").
Si je peux comprendre la tristesse des Boyer et leur attachement à une enfant qu'ils ont finalement élevée, je suis contre le principe qui consisterait pour une famille d'accueil, à sortir de ses prérogatives. Car cela reste une famille d'accueil qui n'a donc pas vocation à créer une situation pérenne. Les enfants vont, viennent, repartent pendant que d'autres arrivent. D'ailleurs la famille Boyer a vu une dizaine d'enfants passer chez eux, pour des séjours plus ou moins longs et repartir. Je veux dire par là que c'est le principe même d'une famille d'accueil. En ce sens, ce ne sont pas des parents à proprement parler.
Du coup, je trouve que c'est une dérive un peu dangereuse et que ce n'est pas le rôle d'une famille d'accueil de chercher à se substituer à une famille biologique d'autant que dans le cas de la petite Cindy, le père biologique (dont je n'ai pas à juger ici le passif) a légalement reconnu sa fille et qu'il s'acquitte de toutes les visites auxquelles il a droit. Je crois surtout que lorsqu'on se proclame "famille d'accueil", cela nécessite d'avoir le recul nécessaire par rapport à tout cela et surtout de savoir quelle est sa place et quelles sont les limites, notamment affectives, à ne pas dépasser.
Bref, je ne sais pas ce que vous en pensez. Je comprends le désarroi de la famille d'accueil puisque apparemment, la séparation a été plutôt brutale et inattendue. D'autant que la gamine leur a été confiée alors qu'elle n'avait que quelques mois. Mais pour autant, leur comportement me pose problème. Car la séparation parait inéluctable dans le cadre d'une famille dite d'accueil. Après, que les choses n'aient pas été faites de manière très élégante et que les justifications du Conseil Général laissent perplexes (le bien-être de l'enfant me semble quand même avoir été occulté sur ce coup), je comprends tout à fait. Mais de là à envisager de saisir les tribunaux et sortir ainsi outrageusement des limites qui leur incombent, je trouve ça limite car ce n'est pas leur rôle. Je crois que des personnes qui choisissent cette voie doivent bien se persuader que, malgré toute l'affection qu'ils peuvent apporter à ces enfants, malgré une certaine forme d'amour même, ils ne sont pas les parents de ces enfants. Et qu'ils doivent donc garder, aussi douloureux que cela puisse être, une certaine distance.
Je voudrais bien avoir votre avis sur le sujet (Je pense bien sûr à Cath par rapport à son travail au quotidien, mais pas seulement...). Suis-je le seul à éprouver une sorte de gêne et de perplexité devant le comportement de cette famille d'accueil et à penser qu'elle sort de son cadre "législatif" mais aussi humain ?
4 commentaires:
Difficile de savoir le pourquoi de ce retrait d'eenfant...Un trop grand attachement me laisse perplexe!!Comment ne pas s'attacher à un enfant que l'on accueille tous les jours, que l'on voit grandir, que finalement on éléve ?? Cependant, avoir en tête que c'est un métier, qu'une distance ( du moins dans la tête) est à conserver, oui, c'est le propre des familles d'accueil.Contester cette décision pour quoi pas en prouvant son professionnalisme.Aller jusqu'à l'adoption...Je suis d'accord avec toi, il y a dérive, mélange des genres.Cette famille a perdu de vue à un moment que cette petite fille n'était pas la leur.
Ensuite me vient toujours en tête: l'intérêt de l'enfant.Et quel est l'intérêt pour cet enfant d'être retiré de chez des gens auxquels elle est attachée sous prétexte qu'ils lui sont trop attachés ??Quel sentiment cela va engendrer chez elle: abandon,...???Encore un combat d'adulte dont les enfants font les frais.
Mais avons nous tous les élements en main pour comprendre cette décision, certes non !!
Bises,
Isa.
Sujet bien difficile où à mon avis on ne peut jamais dire noir ou blanc.
Bien sûr, une famille d'accueil est une famille d'accueil. Elle le sait et je crois que la plupart d'entre elles font ce qu'elles doivent. Maintenant, on ne peut pas empêcher l'amour de se développer… Surtout quand on accueille un enfant très jeune. Bref, qu'on ait envie à un moment d'adopter cet enfant qu'on a accueilli me semble quelque chose d'assez naturel !
Dans le cas présent, cette adoption n'était en tout cas pas réalisée. Ils "devaient" donc rester famille d'accueil. Facile à dire ! Faut-il après aller en justice ? Sans doute non. Mais cela n'enlève rien à l'amour et à la souffrance.
Histoire bien triste de toute façon. Mais vis-à-vis de laquelle je me sens moins tranché que toi !
Je n'ai pas l'impression d'avoir une position tranchée comme tu dis. Je comprends l'attachement des "parents" d'accueil et trouve aberrant qu'on leur reproche, quelque part, de témoigner trop d'affection à des enfants qui en ont pourtant besoin.
Ce qui me gêne, c'est quand on sort d'une certaine limite, y compris judiciaire dans ce cas. (même s'il y a des facteurs de l'ordre de l'affectif pas forcément évidents à réfréner.)
S toutes les familles d'accueil songeaient à se retourner contre ceux qui leur confient des enfants sous prétexte qu'on en vient à les leur retirer, je crois que ce serait assez alarmant au final. Je pense juste que ce n'est pas leur rôle et que les "règles" sont établies dès le départ. Après, est-ce que les gens qui accueillent ont le "coffre" nécessaire pour s'en tenir à ces cadres de fonctionnement, parfois au détriment de l'humain, c'est autre chose...
Je ne suis pas vraiment au courant de l'affaire, et je pense que l'on ne sait peut-être pas tout, de l'extérieur, sur les raisons (réelles) de ce "retrait". Mais je suis assez d'accord avec toi, Franck : les règles sont posées dès le départ. D'ailleurs, la plupart du temps, l'enfant a des contacts avec ses parents et on va vers un retour dans sa famille, à plus ou moins long terme. C'est important de recruter des familles d'accueil qui sont bien au clair avec ça, c'est ce à quoi s'efforcent les services de l'aide à l'enfance, dans l'intérêt même des enfants.
Mais, après avoir dit tout ça... l'humain reste humain, et donc faillible. Et l'amour pour un enfant qu'on élève au quotidien, selon l'histoire de chacun, peut faire basculer les choses...
Mais enlever un enfant d'une famille, qu'elle soit sa propre famille ou une famille d'accueil, est toujours une décision lourde, à peser vraiment, car pour l'enfant c'est toujours douloureux... même s'il y a des raisons.
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