samedi 14 mars 2009

Petites contrariétés parentales



Depuis quelques jours, je me posais des questions. Mais comme il m’arrive de ne pas forcément me poser les bonnes, je n’y ai pas prêté attention autant qu’à l’accoutumée. J’avais une sorte de pressentiment, de malaise diffus sur lequel j’aurais été bien incapable de mettre un nom.

Je craignais, par des signes apparemment invisibles et qui n’appartiennent qu’au subconscient, que deux de mes amis n’aient quelques contrariétés. Je l’ai surtout ressenti chez lui, comme si l’on avait tiré sur le lien qui nous unit sans que je ne réagisse. Comme un si faible signal. Parfois, on a l’impression que des gens qui nous sont chers traversent une passe difficile, on ne saurait pas expliquer pourquoi mais au final le doute fait place à une insidieuse certitude.

Je n’étais pas du tout affolé mais enfin bref, je sentais comme une anomalie. Et puis l’instant d’après, je me disais que je devais fabuler et que je n’allais quand même pas embêter les amis en question avec mes élucubrations. Comme ne pas chercher de petite bête là où il n’y en aurait probablement pas.

Et puis ce soir, les amis en question ont fait un pas. De ces deux amis, c’est de lui qu’étaient venus mes doutes et c’est également de lui qu’est venue la vérité.

Leurs interrogations sont celles de parents qui s’inquiètent de la santé d’un de leurs enfants. Des problèmes de santé pas forcément inquiétants mais qui appellent à une certaine vigilance puisque, entre avis contraires voire contradictoires, on ne sait pas véritablement la nature du mal. Je suis intimement persuadé que ces problèmes seront bientôt réglés mais en attendant il leur faut composer avec un corps médical hésitant et des interrogations qui démunissent.

Leur questionnement me touche. Plus encore parce qu’il est lié à un être qui leur est infiniment cher. Un enfant. La chair de leur chair, comme on dit. Pourtant, je ne suis pas idéalement placé. Je n’ai pas d’enfant. Par choix. Plus je prends de l’âge, plus j’ai l’impression que les enfants des autres me dépassent. M’exaspèrent parfois.

Sauf que je ne vis pas cette vie de parents au quotidien. Que je ne sais rien du caractère probablement fusionnel qui lie parents et enfants. De cet amour que l’on ne dit pas toujours mais que l’on sait être là. Que j’ignore tout d’un enfant qui vit et grandit, évolue et s’éduque en présence de ses parents.

Je vais sur mes 37 ans. Je me sens jeune, probablement parce que la vieillesse m’effraie. J’emmerde tout le monde avec ma foutue nostalgie parce que je redoute trop le moment où elle aura disparu, en espérant que ça n’arrivera jamais. Je m’accroche à ceux qui me font rêver, qui réveillent mon âme d’enfant, qui la rappellent à mon bon souvenir. Bref, je ne pense pas être démodé ou vieux jeu. Mais parfois, concernant les enfants, et plus généralement la jeunesse dans son ensemble, je me sens vieux, à côté de la plaque. Les marmots qui chialent m’ennuient, les ados et leur fichue crise d’adolescence m’indiffèreraient presque, les sorties entre copains qui dégénèrent en beuveries et l’irresponsabilité qui va avec m’agacent prodigieusement. Je me rends compte, aussi difficile à reconnaître que ce soit, que les enfants se heurtent à une certaine intolérance de ma part. Est-ce parce que je ne les comprends pas ? Ou pire parce que, d’une certaine façon, je les envie ? Un peu d’aigreur peut-être ?

Tiens, je m’égare encore. Terriblement fréquent ces jours-ci. Toujours est-il que, dans ma cuirasse d’homme sans cœur, le désarroi de mes deux amis a fait mouche. Celui de deux parents pour l’un de leurs enfants m’a émue. Plus gênant, il m’aurait presque fait du bien tant il m’a amenée à une réflexion sur le lien parents enfants que j’ai si longtemps ignoré. Ou sous-estimé.

C’est en ces circonstances que certains mots du passé reviennent à la surface et prennent tout leur sens. Comme l’amour d’un père ou d’une mère pour leurs enfants, indéfectible au delà des épreuves et des coups de sang. Comprendre ces choses, si évidentes pourtant, ou les assimiler avec davantage de bienveillance ne feront pas nécessairement de moi un homme meilleur. Mais cela m’aura au moins permis de m’interroger, ce qui n’est pas si mal finalement.

Et si, pour finir, j’arrêtais de parler de moi ? Ces jours-ci, deux amis ont des angoisses de parents. Des interrogations. Des contrariétés. Si je leur envoyais par la voie des mers un bateau empli d’amitié, arriverait-il à bon port ? Les apaiserait-il un peu ?

Allez, je largue les amarres…

5 commentaires:

Réverbères a dit…

Le bateau est arrivé à bon port… et je t'en remercie !

Cela dit, le mot "détresse" est un peu fort en l'occurrence. Bien sûr, on se fait du souci, mais de là à être en détresse, il y a - heureusement - une marge !

Si tout ceci a pu te faire percevoir de nouveaux aspects de la relation parents-enfants, tant mieux. Ce n'est pas facile d'être parent, mais s'il y a bien une chose que je ne regrette pas dans ma vie, c'est d'avoir contribué à faire 3 enfants et de devoir assumer au fil des jours.

Comme tu le dis, c'est un choix… et l'autre choix est tout aussi possible. Certains lancent d'ailleurs, avec raison, une fête des non-parents : http://nonparents.skynetblogs.be (bon, d'accord, c'est en Belgik, mais quand même…).

Merci pour ton/votre amitié !

franck a dit…

Oui, le mot détresse n'est sans doute pas idéal. Dans son contexte (essentiellement médical par rapport à ton message sur ton blog), je le situais surtout vis à vis de ces questions dont vous n'avez pas (ou peu) de réponses. Réponses insatisfaisantes en tout cas.

Je vais essayer de trouver un titre plus mesuré... voyons voir...

franck a dit…

J'ai procédé à quelques réajustements. Inutile de dénaturer les faits et encore moins les émotions. En plus, je me suis rendu compte que j'avais employé le mot "détresse" un sacré paquet de fois. Moi qui n'aime pas les redites...

Allez, ne soyons pas alarmiste quand les choses ne vont finalement pas si mal ! On vous embrasse quand même, tiens !

Cath a dit…

J'aurais peut-être dit "souci", car il y en a souvent, entre détresse et contrariété... Mais on apprend à faire avec : être parent apprend beaucoup sur soi, et sur cet autre auquel on est tellement lié et qu'on a parfois du mal à comprendre... mais qu'on voit grandir au fil des jours, et c'est unique et passionnant !
Amitié à vous, amis parents et non-parents ! :-)

bri27383 a dit…

Hello Franck, Ton message m'a émue... Je te retrouve bien, pareil à toi même, dubitatif face à la jeunesse. Ton amitié est bien présente aussi. C'est vrai qu'il est souvent difficile de se situer face à des avis contradictoires. C'est le cas dans de nombreux domaines. A un certain moment, il faut prendre une décision et espérer que ce soit le bon choix.
Bisous