
Jacques était un agent Pôle emploi (ex ANPE-Assedic) de St-Quentin.
Jacques avait 55 ans et est décédé dans la nuit de jeudi à vendredi dernier.
Ce matin, en nous connectant sur le logiciel interne à l'agence comme nous le faisons tous les matins, nous avons pu lire un petit mot de la DG annonçant la disparition de Jacques. Il était suivi des condoléances d'usage envers sa famille, ses amis, ses collègues.
Le mot en question s'est bien gardé d'en dire davantage. Malheureusement, ou plutôt fort heureusement c'est selon, tout finit toujours par se savoir.
Jacques s'est pendu dans l'escalier de son agence, et c'est là qu'il a donc été découvert par ses collègues le vendredi matin.
Le Directeur Régional a aussitôt mis en avant des problèmes personnels, ajoutant qu'en aucun cas, on ne pouvait lier son suicide à son travail.
Voilà pour les faits. J'ai personnellement de la peine pour cet homme dont la détresse devait être immense. Il ne m'appartient pas de juger son acte. Mais je trouve profondément abject que la DG ait cru bon de passer sous silence les faits tels qu'ils sont. Ceux qui n'auront pas été chercher plus loin seront convaincus que Jacques est parti prématurément, ou bien qu'il était malade ou que sais-je encore...
Sauf que Jacques a mis fin à ses jours. A sa façon, il a lancé un cri que son employeur a tenté d'étouffer. Dans quel but ? On sait tous que les conditions de travail, dans quelque entreprise que ce soit, sont diversement supportées. Que parfois un sentiment de trop-plein donne l'impression que petit à petit les choses nous échappent et nous tirent vers le bas. Parfois on remonte, parfois on sombre.
Jacques n'aura pas trouvé les réponses à ses interrogations cette nuit là. Jusqu'à prendre cette décision dramatique. J'ai toujours eu tendance à penser que l'on meurt pour rien. Mais là, c'est... je ne trouve pas les mots pour décrire mon écoeurement. Tenter d'étouffer le drame en éludant le suicide, faire de cette disparition quelque chose de simplement fâcheux, balancer deux trois formules d'usage... et passer à autre chose. C'est vraiment ce sentiment que j'ai ce soir. L'impression d'un monumental gâchis et d'un manque total de respect envers cet homme que je ne connaissais pas mais qui ne méritait ni cette fin tragique, ni le camouflet qu'on en a fait.
Les raisons de son geste devaient être multiples. Et sans vouloir incriminer le travail comme élément déclencheur, je pense que ce type d'acte résulte d'un tout, vie privée comme vie professionnelle. Et que le fait qu'il se soit pendu sur son lieu de travail n'est pas anodin. Les difficultés actuelles de Pôle emploi ne sont un secret pour personne. Surcharges de travail, tensions, inconnues de l'avenir suite à la fusion. Pour autant, chaque lieu de travail a ses tensions, ses difficultés, quelque soit le secteur d'activité. Mais un suicide est un suicide. Un acte grave qui, à mon sens, n'a pas besoin d'être édulcoré ou déformé. Voire nié.
Est-ce trop demander que de rappeler à ceux qui nous gouvernent, dans tout secteur, toute entreprise, que derrière le marché du travail dans son ensemble, il y a surtout des hommes et des femmes, avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs certitudes et leurs peurs, qui auraient simplement besoin d'un minimum de considération ? Et de vérité.
Je revendique ce que je suis. Je revendique ma fierté de travailler pour Pôle emploi, l'épanouissement professionnel que cela me procure malgré la précarité de ma situation et de mon propre destin. Quoi qu'il arrive demain, jamais je ne renierai cette satisfaction, ni ce plaisir d'aller au charbon même si tout n'est pas toujours rose.
Mais aujourd'hui, je veux juste penser à Jacques. Et ne pas l'oublier surtout.
1 commentaire:
Quel acte terrible, pour lui, pour ses proches et collègues...
Je n'ai pas de mot, mais ça me touche beaucoup.
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