mardi 25 janvier 2011

L'âge d'or du doublage


Dans les années 70 et 80, l'explosion des séries américaines et des dessins animés dits "cultes" doit aussi énormément à la qualité du doublage de l'époque. Ces acteurs de l'ombre, dont la plupart ont un parcours théâtral exemplaire par ailleurs, ont donné ses lettres de noblesse à un art délicat. Par leur voix bien évidemment, mais aussi par leur respiration, leur rythme, leur propension à se mettre dans la peau de leurs personnages, leur humilité à se mettre au service d'acteurs qui leur étaient jusque là étrangers, leur faculté à laisser leur jeu s'exprimer, les doubleurs ont inscrits les plus belles pages des séries et / ou dessins animés qui auront ainsi marqué l'enfance et l'adolescence des trentenaires et quadragénaires.

Acteurs de l'ombre, c'est ainsi que nombreux se définissent et c'est probablement ce qu'ils étaient. Et c'était bien mieux ainsi. Au service de leur art et rien d'autre. A une époque où le doublage, art difficile s'il en est, se faisait encore dans des conditions optimales et dans la bonne humeur. Aujourd'hui, les choses ont quelque peu évolué. Techniquement, tout d'abord. Chaque doubleur est isolé en studio. Finis les enregistrements à plusieurs qui entraînaient pourtant une si saine émulation collective. Et le seul mot d'ordre aujourd'hui est le rendement. Donc moins de temps pour poser sa voix, pour s'imprégner du jeu de l'acteur originel. Heureusement, les doubleurs d'aujourd'hui sont rompus comme leurs aînés à l'art du théâtre et connaissent leur boulot. Mais quand même...

A l'époque, les doubleurs étaient dans l'ombre certes, mais ils étaient identifiables entre mille. Aujourd'hui, si cela reste vrai pour certains, c'est plus rare. Demandez à un néophyte de citer quelques doubleurs des années 2000. C'est presque impossible. Alors que des "légendes" de cet art délicat, comme Roger Carel pour ne citer que le plus évident, il est vrai, étaient immédiatement identifiables. Pire, aujourd'hui, on fausse la donne. Car, je le répète, le doublage est un art de l'ombre où un acteur se met au service d'un acteur, d'un personnage.

Or, il n'est pas rare de voir que l'on fait appel, pour le doublage, à des acteurs dits "bankables" pour faire vendre, en mettant leur nom en haut de l'affiche. Déjà, le principe d'utiliser des acteurs connus (entendez par là "people") au service du doublage me gêne un peu car c'est un vrai métier dont beaucoup essaient de vivre, alors que pour certains de ces "grands acteurs", ce n'est qu'un à-côté de luxe, qui flatte certes un peu l'ego mais qui n'est pas forcément perçu avec l'exigence qui devrait être de mise. Quand je vois l'affiche du dernier film d'animation d'Universal Pictures, "Moi, moche et méchant" avec écrit en grosses lettres sur l'affiche "Gad Elmaleh", ça me gêne. Le simple fait de stariser le doublage à grand renfort de promo va à l'encontre de ce que devrait être ce noble art. Et fait de l'ombre à ceux dont c'est véritablement le métier.

Bref, c'est en souvenir de cet âge d'or aujourd'hui révolu (ce qui ne veut pas dire que le doublage actuel soit mauvais, d'ailleurs il existe de grosses pointures encore aujourd'hui) que je vous propose mon classement des 12 meilleurs doubleurs, séries et dessins animés confondus puisque tous ont fait des doublages dans de multiples catégories. La liste n'est pas exhaustive et bien davantage auraient mérité leur place ici, mais j'ai décidé avant tout de me faire plaisir. Ce billet n'a pas d'autre prétention, ni d'autre intérêt d'ailleurs, que de rendre un petit hommage à ces acteurs talentueux, dont certains ne sont d'ailleurs plus de ce monde. Pour certains, j'ai même trouvé quelques vidéos, histoire de pouvoir poser une voix sur ces quelques visages... Allez, c'est parti :




Affectivement, je ne pouvais pas ne pas commencer par ce géant du doublage. C'est quelqu'un que je rêverais de rencontrer. Si je le pouvais, je lui consacrerais même un livre, tellement il y aurait à dire sur Roger Carel. Pour l'instant, j'ai juste pu l'intégrer à l'une de mes petites nouvelles dans laquelle je me serai surtout fait plaisir.
Que dire de ses doublages ? Il a tout fait ou presque, surtout dans un registre comique (Il faut dire que sa voix s'y prête !). Du coup, il est forcément moins convaincant dans des personnages plus dramatiques, surtout hors dessins-animés. Je me rappelle l'avoir entendu sur une voix additionnelle dans Dallas où il doublait un être un peu obscur lié à une machination ou à un consortium. Roger Carel avait fait du bon boulot, certes, mais je trouvais que ce type de personnage n'était pas fait pour lui.
Par contre, côté animation et séries animées, il nous aura régalé de bout en bout : Winnie l'ourson, Porcinet, Alf, Benny Hill, Astérix, Hercule Poirot, le serpent Kaa, Mister Magoo, Kermit la grenouille... et tellement d'autres !



2. Jean-Claude Michel

Alors là, on atteint les cimes du doublage. Un immense monsieur, trop tôt disparu en 1999. Là-aussi, une voix immédiatement identifiable qui aura servi les plus grands acteurs du cinéma étranger. Il fut ainsi la voix attitrée de Sean Connery et de Clint Eastwood. Mais aussi celle de Robert Mitchum, Tony Curtis, Rock Hudson, Richard Burton, Charlton Heston, Leslie Nielsen et tant d'autres. Et si c'est -et de loin- au niveau des films que sa voxographie est la plus impressionnante, il a aussi assuré bon nombre de doublages de séries et de dessins-animés avec un bel appétit et une maîtrise toujours parfaite. Pour la petite histoire, il retrouve sa femme à la ville, Paule Emanuele, sur le doublage de Goldorak. Il double Minos et elle son double féminin Minas. Niveau séries, il double notamment Peter Graves (alias Jim Phelds dans Mission Impossible) et surtout John Forsythe alias Blake Carrington dans le soap à succès Dynasty.
Un grand d'entre les grands et surtout un maître en la matière !




J'avais failli consacrer un billet spécial à cette très grande dame du doublage, aujourd'hui jeune retraitée à plus de 80 ans (sa dernière voix fut celle, dans les premières saisons, de Karen Mc Clusky que les fans de Desperate Housewifes connaissent bien). Elle aura doublé un nombre proprement hallucinant d'actrices, dès la fin des années 50, ou de personnages de séries ou de dessins-animés, souvent assez retors d'ailleurs. Parmi les stars, elle a notamment été la voix de Elisabeth Taylor ou de Lauren Bacall. Ou de Barbara Bain dans la série TV Mission Impossible.
Côté dessins-animés ou films d'animation, elle restera célèbre pour deux grandes "méchantes" : Minas, le penchant féminin mais tout aussi perfide de Minos dans Goldorak, et la reine Sylvidra dans Albator.




A l'image de ses prédécesseurs, c'est surtout au théâtre qu'il a fait carrière. Il n'est pas en reste, côté doublage, où il aura traversé les décennies, en cumulant qualité et quantité. Il est définitivement célèbre pour avoir été la voix française de Larry Hagman alias JR dans Dallas, mais aussi celle de Robert Wagner dans L'amour du risque. Ou celle de Lee Majors dans L'homme qui valait trois milliards. Ou Roy Thinnes (alias David Vincent) dans Les Envahisseurs... Et tant d'autres... Aujourd'hui, à près de 80 ans, il continue encore le doublage, de façon forcément plus sporadique, mais avec le même bonheur. Même si, contrairement à certains de ses collègues, sa voix aura quand même pas mal évolué ces dernières années, l'âge aidant.


5. Michel Gatineau

Une des pointures de cet art de l'ombre, malheureusement disparu trop tôt en 1989, qui était également (surtout ?) directeur de plateau sur les doublages. C'est notamment lui qui s'est chargé de l'adaptation de la version française de Goldorak et qui aura créé les "armes" de Goldorak que prononçait Daniel Gall (Actarus) à chaque épisode : les corno-fulgur, fulguro-poings et autres astéro-haches, c'est à lui qu'on le doit. Idem pour les noms "français" des personnages, inspirés de diverses mythologies.
Sa carrière de doubleur n'est pas en reste : il a notamment campé Michaël Landon dans La Petite maison dans la prairie et Les Routes du paradis, et Horst Trapper dans le rôle titre de Derrick.




Bon d'accord, je ne suis pas objectif concernant Daniel Gall puisqu'il restera pour moi à jamais lié au doublage d'Actarus dans le cultissime dessin animé Goldorak. Rien que pour cela, il aurait mérité de toute façon une place de choix dans ce classement.
D'ailleurs, il n'a pas tant de voix que cela (beaucoup de voix "additionnelles" en fait) mais son timbre identifiable entre tous lui aura assuré un succès immédiat. Il était ainsi la voix de Bill Bixby (alias Bruce Banner) dans Hulk ou encore de l'excellent Jerry Orbach (alias Lennie Briscoe) dans New York District ou Arabesque. Il doublait aussi Fritz Lepper (l'adjoint de Derrick, Harry Klein).
Il a par ailleurs été responsable syndical du Syndicat Français des Artistes Interprètes et s'est ainsi battu pendant 25 ans, parfois aux dépens de sa propre carrière, pour la reconnaissance des droits de Propriété Intellectuelle des artistes de doublage. Combat qui a débouché sur une Convention en 2005.




Décédé en 2006, l'acteur laisse un grand vide. Très renommé dans le milieu du doublage, il a ainsi campé quelques "méchants" dans de nombreux dessins-animés : Satanas dans Les fous du volant, le caractériel Picsou et surtout Gargamel dans Les Schtroumpf où l'histoire veut qu'il ait été choisi par Peyo en personne !
Dans les séries, il a surtout été la voix de Mr Drummond dans Arnold et Willy ou Bosley dans Drôles de dames. Très prolifique, il aura accompli un nombre impressionnant de voix.



8. Gérard Hernandez

Incontournable du doublage et du théâtre de boulevard, l'acteur vit actuellement, à 78 ans, une seconde jeunesse avec la série "Scènes de ménages" sur M6 où il joue avec délectation le rôle de l'irascible Raymond. Voix française de Larry Hagman sur la série Jinny de mes rêves (bien avant Dallas donc), il a aussi doublé le docteur Adam Bricker dans La croisière s'amuse. Mais c'est surtout dans les dessins animés qu'il trouve ses "rôles" les plus savoureux, notamment celui du Grand Schtroumpf. Pour le reste, il est partout puisqu'il a fait un nombre incalculable de "voix additionnelles". Un doubleur taille XXL qui se taille de surcroît une réputation de vrai gentil dans le milieu.




Décédé en 2003, le grand Marc avait une voix immédiatement identifiable. Il n'a pas fait un nombre incalculable de doublages mais deux personnages lui auront permis d'asseoir sa renommée : le général Hydargos dans Goldorak et Colt Seavers, alias Lee Majors dans l'Homme qui tombe à pic. Hormis cela, il a longtemps été la voix attitrée de Brian Dehenny (le shérif vicelard de Rambo 1) et de David Carradine dans la série Kung-Fu.




On ne présente plus ce boulimique de théâtre et de vélo qui, outre quelques publicités pour Polydent, s'est surtout illustré dans le doublage de Starsky et Hutch où il doublait Paul-Michaël Glaser alias le brun Starsky. Il est intéressant de voir qu'il a gardé sa voix intacte au fil des années. Il a aujourd'hui 74 ans. Il a doublé beaucoup de voix (dessins animés notamment et longs métrages d'animation) mais pas de personnages récurrents, à l'exception de celui cité plus haut.


Indissociable de son compère Jacques Balutin, il a campé David Soul alias Ken Hutchinson "Hutch" dans la série Starsky et Hutch. N'oublions pas aussi Magnum alias Tom Selleck. Pour le reste, la liste serait trop longue. Il a doublé un nombre incalculable de voix pour une carrière aussi riche que Roger Carel. Séries, dessins-animés, films... ce boulimique de travail est une réelle pointure du doublage : Commandant Stubing dans La croisière s'amuse, Looping dans l'Agence tous risques, Sammy dans Sccoby-Doo, Harrison Ford (Star Wars et un Indiana Jones) pour ne citer qu'eux.






Un peu bizarrement, je l'ai souvent un peu confondu avec Jacques Balutin auquel j'ai parfois attribué à tort la voix de Tigrou dans Winnie l'ourson. Car c'est bien Patrick Préjean qui se cache derrière la voix pourtant si identifiable de Tigrou. Fils de l'acteur Albert Préjean, c'est essentiellement dans le théâtre de boulevard qu'il s'est fait un nom avec une carrière bien remplie et toujours en cours. Au niveau du doublage, outre les élucubrations de Tigrou et ses "Wouh-ouh-ouh", il a aussi été le Nabot dans "Il était une fois l'homme" (et ses séries dérivées) et Sylvestre dans Titi et Grominet.


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