Depuis quelque temps, je regarde d’un drôle d’air ma « collection » de BD. Je mets des guillemets parce que je ne me sens pas l’âme d’un collectionneur. C’est vrai que pour un non passionné de BD qui débarque chez moi et qui entre dans mon bureau, on pourrait croire le contraire. Je commence à en avoir une quantité conséquente, dont je prends grand soin, un soin presque maniaque (Enfant, c’était pire, je me souviens que j’interdisais à ma mère de nettoyer les tranches de mes BD de peur que celles-ci s’avancent et touchent le fond du meuble de rangement).
Pourtant, je n’ai pas de toc d’hygiène particulier et, d’une manière générale, tout est plus ou moins en bordel chez moi, à commencer par le bureau d’où je vous écris mes âneries quotidiennes. Mais pas mes livres. Eux sont soigneusement rangés, par collection, parfois même par genre.
Je ne lis jamais une BD dans un lit, contrairement à une revue ou un magazine. Faut toujours que je sois assis, le livre dans une main tandis que je l’entrouvre précautionneusement de l’autre. Un peu comme une malle aux trésors finalement, comme si une chose mystérieuse allait en sortir et m’éblouir. Une ouverture vers l’imaginaire. Oui bon, j’exagère un tantinet là, ok, ok !
J’ai probablement aussi l’impression qu’en préservant mes livres, je prends soin de ce qui a constitué (et constitue encore aujourd’hui) un univers essentiel à mon épanouissement. Prendre soin de tous ces héros qui vous ont accompagné des années durant, parfois même sans jamais vous quitter depuis. Peut-être aussi que, plus simplement, j’aime les beaux livres, ceux aux tranches bien nettes, aux coins bien piqués, aux couleurs vives. Je ne sais pas.
Mais actuellement, je regarde bizarrement tous ces livres autour de moi. Tout est parti d’un documentaire sur Franquin avec de nombreux témoignages d’archive du créateur, parmi tant d’autres, de Gaston Lagaffe. Oui, je sais, je parle souvent de Franquin sur ce blog (quand je ne lui consacre pas carrément un sujet comme ici). Franquin a eu des mots tout simples mais qui m’ont quand même un peu ébranlé. Il a dit que la plus belle récompense, à ses yeux, était de voir un gamin lui présenter une vieille BD toute abîmée et lui demander une dédicace. Parce que, à ses yeux, une BD très usagée avait forcément été une BD très lue.
Je me souviens qu’à ce moment, j’ai mis le documentaire sur pause parce que je n’étais plus capable de me concentrer sur la suite. Je n’avais plus que les mots de Franquin en tête.
Entre-temps, un dessinateur de BD pour lequel j’ai une profonde admiration (Je ne vous en parle pas aujourd’hui mais je lui consacrerai un sujet très bientôt) a donné une interview dans laquelle il revenait sur sa première rencontre avec un scénariste, à priori non issu du « milieu » de la BD. Et là aussi, ce qui l’avait marqué, c’était de constater à quel point ce scénariste avait des BD en nombre, dont on voyait immédiatement qu’elles avaient été lues et relues depuis l’enfance.
Alors du coup, me voilà avec mes BD bien rangées, en état neuf (ou presque) et j’hésite. Je sais que je vais de toute façon avoir du mal à me faire violence, en lisant subitement toutes mes BD comme si leur état n’avait plus d’importance. Mais les mots de Franquin trottent dans ma tête et font leur chemin. Je suis d’ailleurs persuadé que son point de vue est le bon. Evidemment qu’il a raison…
Et si, enfin, je regardais un peu moins le livre et un peu plus tout ce qui s’y passe à l’intérieur ?

3 commentaires:
Très chouette, ce billet !
Comme quoi, avec un déclic, une réflexion, un travail sur soi... on peut changer : il y en a même qui arrêtent de fumer, de boire... ou d'être violents !
;-)
À la fois, on peut s'intéresser à ce qui se passe à l'intérieur… et respecter précieusement l'objet, non ?
Je ne suis pas vraiment d'accord avec Franquin (eh oui, j'ose). En fin d'année dans les écoles belges, les élèves peuvent revendre leurs livres scolaires auprès de parents bénévoles qui s'occupent de la bourse aux livres. Quand ma fille arrivait avec ses livres presque neufs, je disais : on ne dirait pas mais ma fille les as utilisés ! Une maman m'a répondu : contrairement à ce que vous croyez, les livres en bon état sont souvent ramenés par les élèves studieux qui les ont souvent utilisés. Pour moi, tout livre est précieux. Je le dis toujours à mes élèves : le bon état du livre n'est donc, selon moi, pas lié au nombre d'utilisations mais à la valeur que le lecteur y apporte.
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