mercredi 14 janvier 2009

Un monstre dans la maison...


Ce soir, l’émission « 66 minutes » proposait, entre autres sujets, un reportage sur l’enfer conjugal. Un reportage qui globalement n’a rien montré de vraiment nouveau, mais qui a au moins le mérite d’exister et de montrer ce qu’il peut arriver de pire lorsque l’on a un monstre dans sa maison.

L’émission a montré des femmes brisées, surtout émotionnellement. Ces traumatismes psychologiques indélébiles ont été notamment été visibles d’une part lorsqu’une femme tentait de faire des exercices de self-défense (lorsque par exemple, le moniteur fait mine de lui enserrer le cou) et d’autre part lorsqu’une autre victime appréhendait, semaine après semaine, la venue de son ancien mari dont elle devait partager la garde de ses deux petites filles.

Certaines ressentent le poids de la culpabilité alors qu’elles sont avant tout victimes, une fragilité dont se sont bien servis leurs bourreaux dans leur travail de démolition physique et psychologique.

Une grande partie du reportage s’est attardée sur les monstres eux-même. Je me donne le droit de les appeler ainsi parce que j’estime ne leur trouver aucune excuse. On a ainsi eu droit, pêle-mêle, aux confrontations juge mari épouse (où on sent très vite que la malheureuse femme est vraiment en sursis et que le mec essaie de se donner bonne conscience mais sans le moindre remord), au retour provisoire d’un des monstres à son domicile qui se vanterait presque d’avoir fait ses séances avec le psy, d’être en bonne voie pour retrouver une vie normale (sauf que quand il s’exprime, toujours le même malaise, il reconnaît les coups mais c’est tout juste s’il n’aurait pas été provoqué, obligé quoi, en quelque sorte).

Bref, on a toujours ce goût bizarre d’un éternel recommencement, de femmes brisées qui vivent constamment dans la peur, d’autres qui vont reprendre leur petite vie de famille, en se persuadant naïvement que tout cela n’arrivera plus…

En dehors de tout cela, on a quand même appris (moi en tout cas) deux-trois petites choses : Ainsi, à Douai, un procureur vraiment bien (à mon sens, sachant que tant de choses restent à faire) a déclaré la guerre aux violences conjugales. Il traite donc les dossiers en amont, en essayant d’anticiper les débordements (D’accord, la portée réelle de sa démarche est peut-être limitée dans la réalité, mais pour une fois qu’un homme de loi n’attend pas qu’une femme soit tuée pour se poser des questions…) Et lorsqu’il veut tenter de raisonner un de ces hommes violents, il le place dans un centre au milieu notamment de SDF. Le but étant de créer un électrochoc afin que l’homme prenne conscience de ce que l’on peut devenir si on est sans rien, sans femme, sans famille, sans enfant, sans travail. J’ai trouvé cette partie intéressante. Mais comme d’habitude en ce qui me concerne, je n’ai accordé aucun crédit à ces monstres quant à une hypothétique guérison.

Ces hommes pourraient faire tous les efforts du monde, aucun ne trouverait jamais grâce à mes yeux. Pour moi, ce sont des monstres, des lâches, des gens qu’il ne faut surtout pas tenter d’excuser et encore moins de comprendre (Oui parce qu’on a encore eu droit au chapitre « mon dieu, qu’est ce qui les a amenés à faire ça ? »)

Marre des pseudo-excuses, de cette volonté malsaine de dédouaner la portée pourtant atroce de leurs actes, d’amoindrir la violence des coups, tant physique que morale. Ces hommes n’ont aucune excuse. Ce sont des monstres qui ne devraient même pas exister. Qui ne connaissent pas le remord ou si peu (juste jusqu’à la prochaine fois). On devrait les parquer dans des cellules, leur retirer leurs droits civiques et ne plus en entendre parler. Parce que les poser en malades, c’est déjà les poser en victimes. Intolérable ! (C’est un avis perso donc tant pis si ça fait grincer des dents)

Et puis, quand même, rappeler que la violence conjugale touche aussi les hommes. Moins certes, mais de plus en plus. Avec un double effet pervers : ces victimes de violences faites femmes osent encore moins en parler et surtout les hommes sont rarement pris au sérieux lorsqu’ils portent plainte. Parfois, cela peut se retourner contre eux et ils se retrouvent alors en position d’accusés et non plus d’accusateurs.

Dans les faits, beaucoup de femmes (et quelques hommes aussi) continueront malheureusement de subir la haine dévastatrice de leurs conjoints. Et mon blog n’y changera rien. Reste à espérer que certaines trouveront la force de porter plainte et d’être entendues. Et que certains juridiques, comme ce procureur de Douai, sauront, lentement mais sûrement, prendre des initiatives pertinentes en ce sens.

Afin de pouvoir enfin, pierre après pierre, jour après jour, et malheureusement victime après victime, démanteler cette machine effroyable qu’est la violence conjugale.

3 commentaires:

Cath a dit…

J'ai une aversion totale pour la violence, et je ne suis pas bien placée pour défendre ou comprendre leurs auteurs. Et pourtant j'en suis sûre : ce ne sont pas des monstres ! Ce n'est pas une question d'excuse ou de maladie, le processus qui en arrive à la violence est plus complexe je crois, et les moyens d'en sortir, complexes aussi. Mais ce sont des êtres humains : dur à accepter que l'humain est capable du meilleur comme du pire, que la frontière entre bien et mal, équilibre et pétage de plombs est en chacun de nous, potentiellement, mais j'en suis persuadée !
Evidemment ça n'offre pas de solutions immédiates, mais c'est juste une autre façon de voir les choses.
Ce qui ne m'empêche pas d'être en empathie profonde avec les victimes.
Mais, même si moi je n'ai pas les éléments pour le faire, je pense qu'il y a quelque chose à faire aussi, pour et avec les auteurs de violence intrafamiliale.

franck a dit…

Je respecte tout à fait ton point de vue... qui se défend d'ailleurs. La différence de vécu entre nous explique probablement aussi notre divergence d'opinion.
Mais si ce blog peut aussi ouvrir le débat, c'est tant mieux. Et en plus, comme toujours avec toi, c'est argumenté ! Je suis ravi que tu te sois exprimée sur le sujet.

Réverbères a dit…

Cela n'étonnera pas grand monde : je suis plutôt de l'avis de Cath.
Un élément important : pour moi - et tant mieux - la violence conjugale est une abstraction. Jamais vécu ça ni de près ni de loin.
Mais je sais qu'elle existe et elle me révolte profondément.
Monstres ou non ? Qu'est-ce qu'un monstre ? Pas évident ! Techniquement, ils sont des êtres humains et le restent. À ce titre, les supprimer ou les enfermer, voire les déconnecter ne me semble qu'un retour de violence en soi. L'assassin assassiné… et ça ne résout rien. Bref, oui, je crois qu'il faut essayer de comprendre, non pas pour dédouaner, mais pour trouver des solutions qui permettraient d'éviter que la violence ne se reproduise. Pas facile, car il n'y a malheureusement pas de solutions miracles. Et je suis d'accord que beaucoup font semblant d'être repentant, voire guéris, alors qu'ils s'estiment pleinement dans leur droit et recommenceront à la première occasion.
En tout cas, rien n'est simple dans ce domaine…